Chemin d’être 

Octobre 2014. Nous allons dans cet hôpital belge, caché dans une friche industrielle et ceinturé de verdure. Il pleut dru et nous attendons que la magie opère. J’ai peur de bouger, et je me sens envahie d’une confiance inébranlable en toi déjà. Comme si j’avais su, dès les premières heures, que tu étais là. Oumi m’a rappelé plus tard que je me suis endormie dans le train du retour, la main sur mon ventre, pour la première fois.

Novembre 2014. Nous réalisons le test le soir du douzième jour. Pendant les quelques minutes qui nous séparent de la réponse, je fume une cigarette dans la cuisine, comme un dernier sas de solitude. Et tout à coup sa voix : « C’est positif. Je te jure, c’est positif ». Je le savais, je ne saute pas de joie, j’ai déjà quelque chose de cette responsabilité abyssale en moi. Nous nous endormons interdites, sonnées, peut-être craintives, quelque part, dans ce miracle tant attendu dont nous devons maintenant trouver quoi faire.

Juillet 2015. Tu arrives. Tu arrives sereinement, dans cette joie légère et évidente qui a bercé toute ma grossesse. Tu as déjà les yeux ouverts, profonds, qui interpellent encore lorsqu’on te connaît bien. Je me souviens de cette sidération, et d’une vague de tendresse qui ne m’a plus quittée depuis.

Les jours qui suivent, les semaines, sont difficiles. Il y a l’amour, bien sûr. Il y a même une certaine évidence dans les gestes du quotidien. Mais il y a aussi cet enfermement dans tes besoins, la fatigue mordante qui m’agrippe aux chevilles chaque matin et les incompréhensions des premiers moments, que nous vivons différemment avec Oumi. Je me sens très seule, souvent. J’ai peur de ne pas réussir à trouver notre équilibre.

Tu es, tu as été pourtant, un bébé facile. Tu pleurais peu, hormis le soir au coucher du soleil. Tu te nourrissais facilement et nous suivais dans toutes nos sorties. Tu as fait ton premier vernissage sur les quais de Seine alors que tu n’avais que 13 jours, et j’étais si fière, déjà, de ta douce attention aux autres.

Décembre 2015. Premières fêtes, je t’apprends les petites lumières semées dans la pénombre, et Oumi le son de l’océan. J’étais revenue au travail avec joie, je suis désormais contente de profiter de toi pour quelques jours. L’équilibre précaire entre quotidien professionnel et ce manque de toi qui m’habite continuellement, commence à se dessiner. J’apprends doucement à composer avec celle que tu m’as fait devenir.

Juillet 2016. Nous fêtons ton premier anniversaire entourées de notre famille et de notre tribu de coeur. Et je peux enfin dire à Oumi : ça y est, c’est devenu facile. T’aimer sereinement, te faire cette place déterminante dans notre monde, accepter de devenir celle que tu as fait de moi, est devenu facile. On m’avait dit qu’il fallait un an pour avoir le sentiment de redevenir soi, je crois que c’est une erreur. Je ne redeviendrai jamais la femme que j’étais lorsque je t’attendais, et je ne crois pas non plus à la théorie des vies plurielles. Je ne sais pas être ou mère, ou membre d’une agence, ou épouse, ou artiste.

Je suis, et la maternité aura été le faisceau rassembleur de tous mes visages.

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