L’essentiel est invisible pour les yeux

Lorsque je me promène avec Romy, il n’est pas rare qu’on me gratifie d’un : « qu’est-ce qu’elle vous ressemble ! ». Et c’est vrai que dès les premiers instants, l’amoureuse et moi avons été frappées par son visage, ses traits si lisses qui me rappelaient ceux de ma grand-mère. Romy est un peu mon copier-coller, l’empreinte vivante de la petite fille que j’ai été, même si chaque jour révèle un peu plus qu’elle a son caractère propre, et qu’elle est unique.
Oumi, elle, se voit souvent demander si elle est sa mère. Pas assez de ressemblance physique sans doute, une interrogation pour ceux qu’elle côtoie épisodiquement, et qui ne l’ont pas vue enceinte.
Ce n’est jamais agaçant, de devoir expliquer. C’est parfois même tendre et drôle, parce que nous avons la chance d’être entourées de personnes globalement bienveillantes. Et je dois dire que j’ai compris depuis longtemps que cette invisibilité partielle, le fait qu’on ne nous identifie pas clairement et instantanément comme une famille, et donc un couple homoparental, nous arrange.
Notre vie ne pourrait pas être une plaidoyer permanent.

Je n’ai pas l’âme d’une militante, et l’amoureuse a déjà bien à faire pour tenir debout dans ce monde si crispé vis à vis de sa religion ou de ses origines, pour ne pas en plus devoir légitimer sans cesse sa vie de famille.
Alors dans cette nouvelle ville dans laquelle nous venons d’emménager, nous avons choisi de ne pas ouvrir la porte à certaines discussions. Le groupe de jeunes en bas de l’immeuble, qui aime bien nous saluer mais qui se demande où est le papa. Les voisins charmants et accueillants, mais dont l’évidente retenue murmure : « je ne suis pas sûr d’avoir bien compris qui vit ici ».

Lorsque je me promène seule avec Romy, il est évident que je suis sa maman. Lorsque Oumi l’emmène seule se balader, elle n’a aucun souci à répondre oui, je suis sa mère. Et lorsque nous sommes en famille, comme n’importe quelle famille croisée dans l’anonymat de la rue, nous choisissons de ne pas donner suite aux regards interrogateurs.
Parce qu’il n’y a finalement rien de plus précieux que la pudeur en amour, et que celui qui veut comprendre verra tout de suite ce qui est invisible pour les yeux.
L’autre, passera simplement sa route, parce que nous n’aurons rien fait pour provoquer l’échange. Je suis, personnellement, trop occupée à apprendre à notre fille à vivre.

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Vous avez dit copier-coller ?  Photo prise par ma rand-mère adorée, à Noirmoutier, en 1987. 
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4 thoughts on “L’essentiel est invisible pour les yeux

  1. En même temps ça parait assez légitime de se poser des questions dans la mesure où la norme implique un papa et une maman (je parle de statistique, pas de jugement de valeur). Je me la poserais aussi si j’avais des voisines avec un bébé.
    Cela dit je comprends qu’on est pas tout le temps envie d’expliquer, surtout quand ça doit virer au débat militant. Mais finalement ça aurait été la même chose si le papa avait l’âge d’être son grand-père, ou si tu avais un fils aux cheveux longs (oui, je viens de lire un témoignage là dessus). Forcément quand c’est moins habituel, ça interpelle.

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