La marche suivante 

Être parents, c’est aussi trouver une saveur particulière au fond de l’air certains jours. Alors l’invisible irradie de nous, une aura transparente qui tient de l’émerveillement et du soulagement, de l’impatience, de la fierté, et de l’amour inconditionnel.

Je n’ai pas oublié cette stupéfaction heureuse, la première fois que tu as dormi une nuit complète. La veille, je t’avais expliqué qu’Oumi avait besoin de se reposer car elle courait 10km le lendemain matin. Je t’avais demandé de nous faire ce cadeau, et tu l’as fait. Depuis c’est devenu une blague entre nous : à chaque étape de franchie, à chaque éclaircie dans tes apprentissages, on se regarde Oumi et moi, on rit, on imite ta petite voix rauque et on dit « hé, je vous ai fait un cadeau, vous l’avez reçu ?! »

Ce week-end, avec ton air coquin et ta première balafre sur le front, tu nous as rendu les matins. Depuis six semaines, nous étions tirées du lit aux aurores, toi qui a toujours si bien dormi tu n’étais plus capable d’attendre au-delà de 6:30. Et comme nous refusons de te laisser pleurer – comme si t’abandonner à ton angoisse allait t’encourager à retrouver le sommeil… Nous encaissions mal ce changement de rythme. On l’a mis sur le compte du stress, de tes premières vacances loin de ta nourrice, du déménagement et de ta tante qui ne vit plus avec nous. Mais au fond, on n’a pas trouvé de remède miracle pour remédier au problème. Alors on a mis en place un roulement, et on t’a câlinée longtemps matin après matin, en regardant le soleil faire ses premiers entrechats.

Et puis samedi, sans prévenir, tu nous a rendu le matin. A 8:45, reposée, le coeur bavard, tu nous as appelées. On avait l’impression d’avoir dormi mille ans, on a essayé de ne pas sauter de joie mais si tu savais, mon ange, Oumi et moi nous sommes senties si chanceuses. Alors quand dimanche tu as émergé à 8:30, j’ai compris. 

Tu as passé les six dernières semaines à apprendre à marcher. Tu étais impatiente, bougon et survoltée. C’était une marche si haute à franchir, que ça t’a demandé un véritable dépassement. Désormais tu gambades partout avec ton air de reine du monde, et tu retrouve ta douceur, ton besoin d’autonomie et… Ton sommeil.

Certains jours, je suis si fière et reconnaissante que je m’abstiens de tout commentaire. L’amour sauvage et instinctif qui m’envahit ne peut pas se dire.

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3 thoughts on “La marche suivante 

  1. En te lisant j’ai le sentiment d’être un extraterrestre, c’est déconcertant, ce naturel et cette fluidité dans l’expression de ton amour pour ton mini toi. A l’âge de 30 ans je me demande si on fait des enfants parce qu’on a plein d’amour à leur offrir ou bien qu’on acquière cet amour parcequ’on a un enfant. Un peu comme l’oeuf et la poule pour moi. En tout cas ça me réchauffe le coeur de voir qu’il existe une forme si pure d’amour.

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