Une histoire de rencontres

Ce week-end nos copines, qui attendent toujours l’arrivée de leur mini, sont allées voir le sage femme qui m’a préparée durant ma grossesse. Je me suis surprise à repenser à lui, à l’obstétricienne qui m’a également suivie durant ces neuf mois, et au sentiment de vide que j’ai ressenti durant les premières semaines après l’arrivée de Romy.

Je me souviens qu’on m’avait prévenu de l’équilibre fragile entre joie immense, sidération et tristesse hormonale qui suivent l’accouchement. On m’avait dit qu’il ne faudrait pas m’inquiéter des larmes qui coulent sans explication, qu’il faudrait accepter que l’image d’épinal d’une maman épanouie dès les premières secondes n’est qu’un argument marketing, et que dans le monde réel, nous autres tangons, avec plus au moins d’amarres – de grâce ?, jusqu’à ce que le rythme à trois s’installe enfin.
Et je me souviens avoir été exactement ainsi, accrochée au gouvernail de ma jeune famille, folle amoureuse déjà de notre petite et inquiète souvent, bien trop, inquiète à ne pas savoir retenir les flots de solitude qui devaient me traverser pour, enfin, renaître à nous-mêmes.

Durant ces premiers jours, j’ai réalisé que notre maïeuticien et notre gynécologue étaient devenus malgré moi des repères, et pas seulement pour me préparer à accueillir Romy ou à dialoguer avec ce corps enceint. Ils avaient constitué mon autre famille, celle chez laquelle j’allais le pas léger parce qu’ils m’accueillaient avec mon enfant (déjà) et que je pouvais chez eux déposer mes valises, m’asseoir, souffler, pleurer de bonheur, me plaindre, dire ma joie, mon impatience, m’interroger, me taire parfois et finalement, être déjà un peu celle que j’allais devenir.

Il m’a fallu longtemps pour mettre un mot sur ce sentiment étrange, ce deuil invisible entamé à la seconde même où nous sommes devenu trois. Ce n’est évidemment pas comparable avec le bonheur immense de rencontrer Romy, mais c’était un poinçon dans mon coeur de jeune maman, et je crois que beaucoup l’ont ressenti. Ce pincement, cette absence quelque part, que d’autres appellent l’inconnu, la peur du retour à la maison, la sensation d’être seule au milieu de proches qui ne « comprennent » pas.

J’ai appris depuis à dire que pour moi, devenir maman a été comme une bascule. J’ai fait la plus grande rencontre de ma vie, celle qui m’ancre au monde et dont j’espère qu’elle se renouvellera.
Je suis aussi, pour un temps, devenue orpheline de cette famille symbolique constituée au fil de ma grossesse, et de l’enfant au creux de mon ventre.
J’ai jonglé cinq semaines entre la paralysie de la perte, et l’urgence de tendresse maternelle. J’ai cheminé seule, comme la plupart des femmes de ce monde, et lorsqu’un beau matin je me suis réveillé plus apaisée que la veille, j’ai compris que tout irait bien. Parce que c’est ça, finalement, transmettre la vie. Relier le beau et la menace, conjuguer ensemble émerveillement et fatigues, et admettre que la joie, le bonheur vraiment grand, n’est pas sans épreuve.

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Tout cela, évidemment, est une histoire de rencontres. Et je dois dire que l’équipe qui m’a suivie était exceptionnelle. Elle a également accompagné toutes nos amies. Nos faire-parts décorent aujourd’hui ce bureau en pierre où règne le joyeux foutoir de la vie : des confidences, des bonnes nouvelles, des jouets éparpillés au sol, des vélos pour dépenser nos corps, de la lumière tamisée où rompre les secrets, du temps toujours pour celles qui affrontent le malheur, et un air de comptoir familial, où on resterait bien encore quelques minutes. On est jamais pressés, quand on se sent en famille.

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