Le sauvetage

Certains soirs le coeur se serre. On pense à ce qu’on n’a pas, au relais qui manque pour pouvoir souffler, ou simplement gagner quelques plages de liberté. Dans ces moments-là, je me repasse le film des moments qui ont compté. De ceux qui eux, restent gravés, et pèsent plus que le reste.

Nous sommes rentrées de la maternité depuis 48h. Je suis seule, Oumi a du partir pour le week-end. La plus jeune de mes soeurs doit arriver de Lyon à 11h, tandis que l’autre fêtera l’après-midi même ses vingt-cinq ans au champ de mars, entourée de tous ses amis. Je suis triste de ne pouvoir prendre part à ce rendez-vous important, que j’ai contribué à lancer, et j’attends la cadette comme le messie.

Lui présenter notre fille.

Lui faire rencontrer celle que je deviens.

Alors quand la sonnette retentit, je me précipite. Je cherche les clés, j’ouvre tous les tiroirs. Très vite je m’aperçois que je suis bloquée à double tour chez nous, que je n’ai pas de trousseau de secours et que ma soeur, les bras chargés de Snickers glacés, est enfermée dehors. La panique m’envahit, les hormones font leur travail de tempête et Romy, qui a cinq jours et demie de vie, commence à se débattre avec le stress qu’elle sent monter en moi.

C’est une journée de sauvetage qui commence, un sauvetage interminable. Ma soeur derrière la porte, durant de longues heures, tentant de m’apaiser et m’aidant à coordonner l’intervention des serruriers. Mon amoureuse, à cinq cent kilomètres, folle d’inquiétude, que je ne ménage pas. Le reste de notre famille, que je suis heureuse de savoir ensemble, au soleil de l’été, à célébrer vingt-cinq années précieuses. Et ma si petite lumière, lovée contre moi, qui m’interroge de ses grands yeux ardoise.

Quand la porte s’ouvre finalement vers 16h, la tante de Romy est née. Avec ses yeux fous d’amour posés sur notre fille, avec son chagrin discret déjà de ne pouvoir être présente au quotidien. Avec son respect immense, depuis, pour nos apprentissages de mamans.

Certains soir je pense à ça.

Malgré les batailles, les deuils traversés cette année, le souffle court qui empêche parfois de dire qu’il faudrait juste prendre le large : je pense à cette famille qu’a Romy, à ses « taties », et parmi elles à ma soeur à qui je voudrais dire : tu n’es jamais si loin.

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