C’est une histoire de femmes 

C’est un samedi, ou un dimanche, ou un mardi sans doute.

C’est une ligne de bus bondée, un arrêt provisoire, une petite foule qui se débat pour entrer dans le goulot métallique rythmé par les bips stridents de ceux qui valident leur trajet, et le cliquetis discret d’une vieille femme priant sur chapelet dans le fond droit de l’autocar.

C’est mon aimée, si belle, montant le marche-pied avec prudence parce qu’elle a notre fille en porte-bébé. Le véhicule s’ébranle déjà alors qu’elle n’est pas encore assise, c’est cette traversée de couloir que toute femme enceinte, ou portant un tout petit contre son cœur, a connu mille fois.

Ceux qui baissent les yeux et feignent de ne pas vous avoir vue. Ceux qui s’accrochent à leur cabas comme pour dire, vous voyez, moi aussi je suis chargée – de légumes madame, de légumes… Ceux qui vous toisent, ils doivent croire que l’égoïsme est un défi. Et ceux qui se lèvent, quand ils sont là. Toujours les mêmes ridules au coin du sourire : les mamans, quel que soit leur âge, les personnes âgées, quel non-sens, et la plupart des personnes d’orgine africaine ou maghrébine. 

C’est n’importe quel jour, c’est tous les jours dans tous les transports en commun. Et comme ces derniers temps la patience semble m’avoir abandonnée, c’est ma voix soudain, posée, un brin agacée, qui enjoint un homme de trente-cinq ans de laisser sa place à mes deux amours.

Ensuite, c’est une histoire de mesquinerie. Lui qui répond que je n’ai pas à lui demander. Mon amour qui tourne les talons, pour éviter que Romy n’assiste à ma colère. Moi qui m’éloigne en lui disant qu’il devrait avoir honte. Et une mère de famille, comme toujours, qui cède sa place à mes femmes, dans un sourire d’habitude.

C’est cette rage animale qui sourd en moi, que je musele, comme toute mère qui se respecte, et qui pourrait mettre le feu au monde parce qu’on n’a pas protégé son enfant. C’est aussi la féministe assoupie que je suis, qui par fidélité aux combats que je ne mène que les jours de grande forme, se répète en silence ces invectives auxquelles j’ai depuis longtemps renoncé – et qui pourtant défoulent. 

C’est une histoire de femmes, même si ça ne devrait pas l’être. 

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