Un planning de ministre

7:10     Mademoiselle s’ébroue d’un sommeil ouaté, en lançant à l’aveuglette, tantôt « maman », « Tatie » ou « caca ». La journée débute sur un air d’essentiel.

7:12   Installation stratégique dans le lit maternel, armée du biberon au chocolat, de « doudou », et de « tétine ». L’éveillée commence à taper des menottes sur la couette, en criant « Ka », diminutif officiel désignant notre chat.

7:16   Rejet intempestif du petit-déj qui attendra, début de l’inventaire du tiroir de la table de nuit. Oumi cède et prend le premier tour de salle de bain, je reste pelotonnée sous les couvertures à humer les cheveux de mon affairée.

7:20   La minie clôt son recensement matinal, et se laisse glisser au pied du lit, dans un dandinement gracieux et largement inspiré du ver de terre. Elle court alors vérifier que son salon est intact, et s’en va aux toilettes, piocher dans la bibliothèque l’album de photographies de l’année, où elle réclame instamment que nous lui montrions « Tatie ». (encore).

7:30   Première tentative d’habillage, qui se clôt généralement par la danse du « tout nu, tout dodu ». La replète tambourine à la porte de la salle de bain, dont elle ne supporte pas qu’elle soit fermée, pour montrer chacun de ses pieds à Oumi.

7:40   Retour aux albums photos, il est urgent de voir les « bébés ».

7:45   Enfilage d’une tenue décente, entre trois lancers de « baonn » et plusieurs « pi » – comprendre appuie sur les sons des grognements animaux de son livre préféré du moment.

7:50   Je file sous la douche, en intimant à mes deux femmes de se dépêcher, comme si ce n’était pas moi qui avais pris le temps du jeu et de la tendresse.

8:12   Oumi passe une tête, et m’encourage à sortir de là. Je n’ai jamais su m’extraire de l’eau brûlante.

8:13   La plus que vive déboule dans la salle d’eau où on se marche désormais sur les pieds. Elle lance la machine à laver, glousse, réclame du parfum, glousse, se brosse les dents, glousse, montre ses pieds, glousse, et met de la crème invisible dans ses cheveux.

8:25   Je redis qu’il faut se dépêcher, pendant que l’amoureuse peaufine son élégance et que la joufflue est déjà en train de me tendre mes baskets roses. Je lui explique que j’ai un rendez-vous et que je mettrai plutôt mes bottes. Elle refuse catégoriquement.

8:30   Le thé est froid, le biberon répandu quelque part. La lumière a envahi le salon et milady, dans ses jupons fleuris, inspecte une dernière fois son royaume en désordre avant que l’une de nous l’assoit de force dans sa poussette. Il est temps d’aller chez « Tata », sa nourrice. La journée commence, repues de rires et d’embrassades.

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