My King Kong girl

 

Spéciale dédicace à cette maman qui voulait absolument un garçon « parce que c’est plus facile »,
Au danseur ignare qui a fait mes quinze ans révoltés,
Au patron bienveillant qui se trouvait moderne d’embaucher tant de femmes,
À l’inconnu nerveux qui m’a suivi dans la nuit montréalaise,
Aux professeurs solaires qui m’ont appris à chausser les lunettes du genre, comme l’écrit si justement ma chouette,
À l’infirmier suffisant qui m’encourageait à rejoindre monsieur pour qu’il fasse « son devoir »,
À cette adjointe au maire complice et drôle qui nous a unies heureusement,
Aux mille passants que croient que tu es un garçon parce que tu portes du bleu,
Au parent maladroit qui voulait « me marier »,
À la gendarme homophobe qui questionnait la légitimité d’Oumi, 
À celles que j’aime et qui le cœur crevé ont un jour du renoncer à une grossesse,
À toutes les autres qui ont avorté pour mille raisons que je n’ai pas besoin de connaître,
Au pasteur inconnu qui m’expliquait que ma grossesse était une « erreur commise de bonne foi »,
À l’assistante sociale qui m’enjoignait à « rentrer dans le rang »,
Au parrain invisible qui a déserté mes noces par souci d’honnêteté,
Aux costumes cravates qui ne voient pas injure à débattre des droits des femmes publiquement,
À cette boutade familiale qui m’a longtemps paralysée : « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent »,
À mon frère l’homme immense dont l’intelligence de cœur m’a permis certains envols,
À mes sœurs de sang et de cœur, amazones invisibles de mille identités,
Et à ces militants extrêmes qui préfèrent l’exclusion à toute forme d’échange : 
 
Tu seras une femme, ma fille.
 
Tu seras cette femme que tu décideras d’être, que nulle autre que toi ne saurait inventer et qui éclairera le monde d’un rayonnement unique : notre seule vraie liberté, celle de se définir par soi-même. 

imgp6958

Publicités

3 thoughts on “My King Kong girl

  1. Très beau !
    Je ne sais pas s’il est plus facile d’élever un garçon qu’une fille dans ce monde. Le patriarcat a aussi certaines pesanteurs pour les hommes (« les vrais » qui ne pleurent pas 😉 ).
    Ce qui est sûr, c’est que s’épanouir en tant qu’être humain n’est pas facile, encore moins quand on n’est pas dans les « bonnes » cases !

    Aimé par 1 personne

  2. Quel beau texte
    Et, pour avoir deux garçons, je ne suis pas sûre que ce soit si facile, certes le patriarcat leur ouvre des portes, mais justement quel travail pour en faire des hommes bons, ouverts et respectueux, libres d’être ce qu’ils auront envie d’être …

    Aimé par 2 people

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s