Un sac de dame

Quand tu décides d’être maman, et que tu n’as pas des montagnes d’écus d’or en fidéicommis que tu aurais caché à ta chère et tendre pour les brandir l’air conquérant à la première bise venue… Quand tu décides de mettre au monde un être, donc, dont tu sais que ses besoins, passeront avant les tiens… Tu t’oublies.

Un peu, souvent. Beaucoup selon les jours.

Tu n’es pas cigale, mais tu t’oublies sur le bord d’une baignoire qui ressemble plus aux piscines Ikéa qu’à ton havre de beauté d’antan. Tu mises sur le gel douche marque repère, et tu te sèches les cheveux au vent. Parce qu’il y a mieux que les perles de bain, il y a les roulades dans un bain moussant hypoallergénique qui lui, te coûte ton hypothèque. Quand on n’est pas à plaindre, on a parfois des engagements qui saignent.

Tu t’oublies dans des chaussures confortables parce que de toute façon, les autres ont le talon creux – et que les soldes ça tombe toujours après Noël, qui a vraiment les moyens de faire les soldes sérieusement ?

Tu t’oublies parce que tu cours, et que même tes respirations il faut qu’elles aillent vite. Elles sont soumises au tic-tac des heures de garde, des heures de lever, de coucher, de repas et des heures de câlins, qui se comptent en cargos. Tu cours dans des océans d’apprentissages qui demandent bien plus d’énergie qu’un semi-marathon.

Certains soirs, tu regardes ta garde-robe l’air chafouin et tu te souviens que le mois dernier, ta petite enveloppe plaisir, tu as préféré la consacrer à l’achat d’un four, parce que le four tu ne le portes pas en pendentif mais il fera mijoter les gratins au butternut de mademoiselle mini-pousse, et que son sourire, son nez collé à cette vitre (qui ne chauffe pas), ça n’aura pas de prix. Ça vaudra plus que les sequins que tu n’as pas, la peinture de la chambre d’amis que tu repousses, le restau que tu as l’air de rien décliné en arguant d’autres plans.

Quand tu décides d’être mamans comme on l’a décidé, c’est parce que tu sais que tu es assez solide pour cette révolution : quitter le monde du c’est-pas-grave-si-on-mange-des-pâtes-le-reste-du-mois. Tu as fait tes comptes, tu as remercié la vie d’avoir des boulots palpitants et sources d’équilibre. Tu sais que ce sera serré, mais c’est devenu possible et c’est tout ce que tu demandes. Tu arrêtes d’acheter des coussins par millier, tu passes la porte de Kiabi et tu ne prends plus le catalogue automne-hiver de Bash (de qui?). A la place, tu achètes un appartement parce que les murs, ça donne un horizon joli joli à ton enfant.

Tu sais que tu n’es pas à plaindre, tu ne manques pas au point d’être inquiète pour l’avenir.

Tu es dans ce jeu d’acrobate entre sécurité et imprévu.

Et puis le jeudi soir, tu es toute grise parce que ton shampoing low cost te fait des frisottis, et que tu n’as jamais eu de Levis, et que tu aimerais bien aller voir ta maman mais que les petits sous arrivés récemment vont d’abord permettre de programmer les vacances d’été. Alors tu regardes ton amoureuse derrière des yeux mouillés, tu la trouves belle dans ce salon à vous. Elle, elle te prend dans ses bras, pour t’annoncer que t’as peut-être jamais eu de Levis, mais que tu auras bientôt ton premier sac à main de dame.

Parce qu’elle t’a fait une petite folie en secret.

Comme ça l’air de rien.

Pendant que tu t’oubliais elle, elle ne t’oublie jamais.

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