Après moi

La semaine passée, j’ai fait un petit saut dans le temps et me suis glissée dans la peau de ma maman, au printemps 2000, la veille de son départ pour deux semaines au Cambodge avec notre papa. Elle ne nous avait jamais quittés aussi longtemps, je crois presque qu’elle ne nous avait jamais quittés tout court, à sa façon. Ce soir-là, en descendant me servir un verre d’eau, je l’ai vue penchée sur le cahier d’instructions qu’elle destinait à notre baby-sitter – grande soeur de coeur qui allait emménager avec nous pour nous dorloter. Papa vaquait à ses occupations, elle déroulait le long fil de nos habitudes, de ce que chacun aimait et n’aimait pas, pour que rien dans ces jours ne nous laisse croire que nous étions oubliés.
 
Ainsi, vendredi dernier, l’adorée et moi nous envolions pour les Pouilles, une parenthèse de 72h en amoureuses offerte pour son anniversaire. Les soirées qui ont précédé le départ ont été consacrées à l’organisation de notre absence pour Romy, qui a été gardée par son oncle et sa tante, à domicile. J’étais impatiente de cet envol, et j’avais le coeur lourd de laisser ma plus que vive, même si j’ai une confiance aveugle en « Tatie » et « Tonton pique ».
 
Alors, patiemment, j’ai pris mes encres et rassemblé sur le mur de notre cuisine tout ce qui pourrait leur servir de repères. Le rythme qui lui convient, malgré son insistance pour ne plus faire de siestes. Les repas qui préservent son équilibre. Les doudous peluches foulards et mille mignoneries, qu’elle aime emporter avec elle pour les serrer fort lorsqu’elle rassemble son courage. Les lieux que nous allions visiter, pour qu’ils sachent toujours où nous joindre. Ces êtres qui sont sa famille urbaine, et sur lesquels nous nous reposons en cas de décision à prendre : sa nourrice, son médecin traitant, mon frère, mon papa.
Tendrement, j’ai accroché un petit rappel du kit de survie pour toute sortie au dos de notre porte d’entrée.
 
Et j’ai pensé, si nous venions à disparaître, s’il nous arrivait quoi que ce soit, à qui nous déléguerions notre autorité. C’est un immense questionnement, d’envisager la vie de notre fille sans nous, de jauger en notre âme et conscience qui sera à même de prendre les bonnes décisions pour son éducation, son bien-être et son épanouissement personnel. Je me suis demandé si le cahier d’instruction de ma maman contenait également ce type de recommendation. Si elle avait songé à la relève, si elle s’est posé la question du « après moi ». 
C’est en tous cas la plus grande certitude d’être mamans pour l’amoureuse et moi : cette idée que nous devons être les architectes de son chemin, dont elle tracera peu à peu à la direction lorsqu’elle en aura l’âge, mais dont les garde-fous sont notre responsabilité immuable. 

 

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