Faire mes devoirs

Lorsque la vie change du tout au tout, en accueillant un enfant, on a souvent plus besoin de bienveillance que de murmures. On espère des relais et de l’indulgence, on cherche les mains tendues ou la reconnaissance de notre grande aventure.

Au quotidien, on fait mine de ne pas remarquer qu’on est encore les premières à partir, quand notre plus-que-vive montre des signes de faiblesse, et que personne dans la pièce ne sait comme nous, que le manque de sommeil chez un enfant est une douleur. On ne s’attarde pas aux mille propositions reçues totalement inadaptées à un couple avec enfant, on s’excuse encore de devoir décliner quand on sait bien qu’ils se diront qu’une fois de plus, on n’était pas au rendez-vous. On essaye, toujours, de tenter l’impossible, mais pas celui qui blesse les repères de notre fille, pas celui qui mettrait en jeu son sommeil ou son inclinaison à la joie. Et on explique, quand on trouve les mots, que nous sommes des apprenties mamans, que nous apprenons chaque jour de cet enfant qui nous montre elle-même ce qu’elle est en âge de supporter, et ce qui ne lui convient pas encore.

Parfois, on se sent un peu seules. Pas parce qu’on a été abandonnées à notre belle aventure, loin de là. Mais simplement parce que notre réalité est impénétrable aux autres. On lance au ciel des vœux de patience, pour apprendre enfin ce dont on nous avait tant prévenu : lorsque l’on naît parents, tout le monde a soudain un avis sur tout.
Ceux alentour et ceux qui n’ont pas de minis. Les proches et ceux qu’on ne croise que de temps à autre. Les généreux et ceux qui sont plus animés de jalousie que d’amitié. Et notre entourage regarde les choix que nous faisons, avec beaucoup d’amour souvent, mais l’amour n’empêche pas l’incompréhension.
C’est ainsi la balance de la maternité, on obtient un supplément d’amour infini dont le contre-poids est une forme de solitude.

Il est arrivé que ça me rende très triste, moi qui cherchais avant à contenter tout le monde, à être présente pour tous ceux que j’aime, à faire l’unanimité car on m’a appris que la perfection devait être ma ligne d’horizon. Et puis j’ai compris, dans les rires de Romy, dans ses bras grand ouverts à l’envol de la vie, que le seul salaire que nous allions recevoir pour les choix que nous faisons est son équilibre. Qu’il arrivera que nous soyons profondément incomprises, que nous manquions d’aide ou simplement d’espaces de discussions, et que ce n’est pas grave. Que je ne peux pas m’attendre à ce que les autres connaissent notre fille autant que nous et voient nos choix d’éducation à travers ce prisme. Pour certains, c’est une évidence. Pour d’autres, les réactions sont interrogatives ou silencieuses.
J’ai compris qu’on ne s’en sortait pas si mal. Avec deux emplois à temps plein. Avec l’achat d’un premier logement et nos budgets d’équilibristes. Avec la double culture et les ponts que nous avons bâtis. Avec une enfant qui aime les siens, qui ne fait jamais de caprice de plus de 30 secondes, qui devient gourmande et câline, qui dit merci et au revoir avec un sourire immense. Une enfant qui ne se plaint jamais de nous suivre dans nos pérégrinations, quelle que soit la distance, et quelle que soit l’heure.
J’ai compris que pour être une bonne maman, j’allais devoir travailler sérieusement à être plus indulgente, avec nous d’abord, avec le monde ensuite. Ce sera mon devoir des vingt prochaines années.

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2 thoughts on “Faire mes devoirs

  1. Bien dit! J’aime beaucoup cette idée, que personne mieux que les parents ne peut voir l’éducation à travers le spectre précis qu’est leur enfant, qu’ils sont les seuls à côtoyer tout le temps et à connaître intimement. Et tu as bien raison, le prix à payer pour tant de bonheur maternel, est cette forme de solitude à devoir parfois s’effacer pour son bien, et parfois ne pas être compris des autres, dont les conseils sont parfois maladroits, si ce n’est inutiles.

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