La victoire de l’enfance

Un parc municipal aux pelouses jonchées de pétales mauves. Le lila sent bon, les filets de soleil font aux arbustes bas un habit mordoré.
Je pousse Romy à entrer dans la danse des enfants affairés aux jeux et aux agrès. Elle n’a pas très envie, ma lumière palote, elle ressasse ses allergies et traîne une indolence maladive.
Une main dans son cou, je lui dis à voix basse d’aller jouer avec les autres enfants.
Elle ne le fait jamais vraiment, elle s’approche d’eux avec de grands yeux ébahis, et se poste à l’avant-garde de leurs bras, sans jamais tenter de leur parler. Elle les regarde vivre pour apprendre à les imiter, bientôt.
Ce jour-là, la fatigue de nuits hachées fourmille dans ses mains timides, alors je la suis d’un peu plus près que d’habitude. A quelques mètres, jamais trop pour ne pas risquer d’empêcher la magie d’une rencontre.
Elle semble devenir plus légère.
Elle trottine, comme toujours quand elle est heureuse.
Arrivée face à un garçon de quelques années son aîné, elle stoppe sa course, et le dévisage. Sa tête se penche, interrogative. Lui la prend d’abord dans ses bras. Combien de fois ai-je vu ces minis humains s’enlacer, ravis d’accueillir la chaleur de l’autre, alors qu’ils s’ignoraient l’instant d’avant ?
Mais il la pousse violemment à terre, et se penche sur elle pour l’empêcher de se relever. J’attends quelques secondes, le coeur embrasé mais je sais qu’il faut qu’elle fasse ses armes. J’attends qu’elle le repousse, et se relève.
Quand elle tente de le faire, un second coup s’abat, accompagné d’un ricanement.

C’est dans ce rire d’enfant naïf que j’interviens, brisant du même coup toutes les lois tacites du parc : laisser les petits se débrouiller entre eux, ne jamais disputer l’enfant d’un autre, et encourager un règlement pacifique à leurs querelles intestines.

J’interviens en relevant ma fille figée de colère, et en expliquant fermement au garçon qu’il est interdit d’être méchant avec les autres enfants. Il s’enfuit rejoindre sa maman, plongée dans son portable, qui ne lève pas un cil sur ses plaintes manifestement dirigées contre moi. D’autres parents me dévisagent, l’air surpris.

Ma jolie au coeur tendre recommence son exploration du parc, le visage un peu chiffonné.
Quarante minutes plus tard, je la surprends s’approcher doucement du même garçon, qui vérifie alentour si j’ai un oeil sur eux. M’apercevant non loin de sa propre maman, il laisse faire.
Et Romy lui claque une bise franche avant de repartir guillerette, vengée à sa façon.
C’est elle ce petit rire grelot, qui dit la victoire de l’enfance sur toute loi adulte.

 

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2 thoughts on “La victoire de l’enfance

  1. Wouah, bravo pour ce calme ! Je ne sais pas si j’aurai pu laisser ma fille se faire embêtée ! J’ai beau proner bienveillance et autonomie, j’ai encore du mal avec certaines choses.
    Bravo à Romy, quelle belle répartie !!!

    Aimé par 1 personne

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