Portage : mon coeur-à-coeur

« Ouhla madame, elle n’est pas un peu lourde pour que vous la portiez encore comme ça ? »

10:43, un dimanche matin, sur la place du marché. Sous les vents tièdes du printemps balbutiant, j’ai pris mon arsenal de maman célibataire et suis partie en goguette avec ma jolie lovée contre moi, dans son porte-bébé. Elle s’est vite endormie, comme souvent, et je cherche mes mots pour expliquer pourquoi je la porte encore contre mon coeur, à vingt-et-un mois passés.

« Oh non, il suffit que le poids soit bien réparti et c’est finalement assez confortable. »

Elle n’est pas convaincue, notre maraîchère. Elle me sourit mi figue mi raisin, et pendant qu’elle emballe mes bananes, m’explique que sa fille n’a jamais pu se faire à tous ces trucs d’écharpes et de « sacs-à-bébés », qu’on n’est pas fait pour jouer au kangourou. Elle glousse, en me coupant une rondelle de pamplemousse (« d’Espagne, mais vous savez c’est pas si loin que ça…« ). Sa fille, elle s’est emmêlée quelques fois dans un grand tissu inconfortable qui tenait chaud, et puis elle a loué les bienfaits du dieu poussette. Elle a choisi la bonne, elle se l’est fait offrir parce qu’elle coûtait l’hypothèque de sa maison, mais enfin elle était tout terrain, et à Paris il faut bien pouvoir grimper en haut de Montmartre non ?

« C’est vrai, j’ai aussi investi dans une poussette très pratique. Mais ces derniers mois j’aime la porter contre moi, je ne pourrai bientôt plus le faire alors autant en profiter. »

Et je repars, auréolée des conseils adorables d’une grand-mère bio, qui a sans doute oublié la petite enfance de sa fille, et qui n’a pas vu qu’au-delà de mon dos, l’important est simplement ce coeur à coeur. Parce que je sais depuis toujours, avant même sa naissance, que Romy en moi me manquera éternellement. Ce fameux syndrome du ventre vide, je l’ai ressenti dès les premiers instants, et même si voir grandir notre minie est le tribu merveilleux de tous ces bouleversements, je suis et je resterai son premier foyer.
Je suis et je resterai celle pour qui la maternité n’était pas évidente, et a été une histoire de révélation.
Je suis et je resterai l’amoureuse transie d’une femme généreuse, qui accepte mes besoins sans toujours les partager, et qui a intégré ma préférence de portage.
Je suis et je resterai la mère bénie d’un enfant miracle, aidée par la science, là où j’avais passé dix ans à m’imaginer stérile.
Je suis et je resterai folle de portage, ces gestes qui sont venus avec le temps et dont je redoute la disparition, parce qu’ils m’apaisent et me complètent.

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