La coupure pub

Dans la vie telle qu’elle s’écoule aujourd’hui, le temps est devenu une notion immuable, dans laquelle on fait rentrer cahin caha celui d’être mamans, femmes, professionnelles, sportives, amoureuses, amies, soeurs, créatives, ou même Shiva tiens. J’écris cela, alors que nous n’avons qu’une seule minie et que j’aurai probablement envie de me mettre une pichenette à moi-même dans quelques années, lorsque j’aurai autant d’enfants que de rêves et qu’ils n’auront plus beaucoup de place pour pousser, ces rêves. Mais il en va de la maternité comme de toute tranche de vie : je ne peux parler que de ce que je connais.

Et ce que je connais, c’est le temps absolu. Celui que nous décidons d’accorder absolument à notre fille, c’est à dire un temps de relâche, de partage, loin du parasitage des obligations quotidiennes – ces corvées invisibles qui se multiplient avec l’arrivée d’un enfant, mes amours ménage, courses, rangement, shopping, et autre joies.

Dans ce temps absolu, nous faisons entrer les parties de cache-cache, les sessions de tri du tiroir secret maternel (rempli de vieilles cartes d’identités où elle confond Oumi avec sa soeur jumelle), les bains et les massages (durant lesquels elle s’extasie sur ses orteils et renverse trois fois le flacon de liniment sur le parquet fraîchement lavé), les histoires du soir, les promenades au parc (avec ses vols de trottinettes et ses cascades en tous genres), les brunchs avec amis et familles le week-end, et bien sûr, tous ces moments « pause » quand elle manifeste son besoin que nous nous arrêtions et que nous réglions son souci du moment : mettre ses chaussures, enlever ses chaussures, faire un bisou magique sur le bobo cicatrisé de jeudi dernier, attraper un verre d’eau, faire manger Léon l’ours géant, la rassurer sur ce bébé qui pleure et dont la maman va bientôt s’inquiéter (merci les mauvaises isolations des immeubles parisiens), sécher ces larmes qui jaillissent sans explication, combattre comme des lionnes la frustration inexpliquée d’une tempête intérieure également inexpliquée et pourtant bien présente.

Ce temps absolu si nécessaire au bon développement de Romy, nous contraint à basculer toutes les corvées logistiques, les échanges amicaux, les imprévus professionnels et j’en passe, dans la marge invisible du temps des adultes.
C’est un choix, car nous pourrions la faire jouer dans un parc ou l’emmener à Leclerc le week-end – mais je m’y refuse. C’est notre choix, il ne tiendra sans doute plus lorsque la famille s’agrandira, mais en attendant, nous essayons de nous y tenir.

J’ai donc nommé le temps adulte : le petit matin, et le grand soir.
Le petit matin qu’on aime pourtant faire durer pour être assez en forme toute la journée.
Le grand soir qu’on aborde plus facilement en tête-à-tête devant un bon film qu’avec sa liste de tâches ménagères à cocher.

C’est ainsi qu’on se retrouve à valider des commandes Ooshop à 7h12 entre le check de Ventes Privées et la préparation du biberon, et qu’on finalise sa moussaka du lendemain devant The Island avant d’aller dormir, non sans avoir au préalable vaporisé de l’essence d’orange dans l’appartement qui « fleur » bon l’aubergine.
C’est ainsi qu’on finit aussi par s’avouer qu’on n’a plus vraiment le temps pour faire des câlins au chat, ou cirer ses chaussures. Que ce n’est pas si grave si on ne trie les papiers que tous les trois mois, tant que les factures sont payées. Et qu’on attendra qu’il fasse beau pour laver les vitres, parce que finalement l’hiver, personne ne fait attention aux traces de doigts – on a tous le nez plongé dans notre thé fumant.

Ce long week-end, nous l’avons passé avec nos familles : le groupe de mamans homoparentales qui nous accompagne depuis trois ans, cette amie chère qui a accouché il y a trois semaines d’un petit prince, et les oncles et tantes de Romy pour le déjeuner de Pâques. On n’a pas vraiment couru, même si on a passé beaucoup de temps en transports. On a jonglé, comme toujours et comme ce sera le cas dans les vingt prochaines années. On n’a pas pensé une seule seconde à s’en plaindre, car on aime plus que tout cette réalité augmentée dans laquelle on dévale la vie aux côtés de notre enfant miracle. On a juste mis sur pause le temps d’une coupure pub, pour se regarder dans les yeux et se dire en rougissant, qu’on aimerait bien que le temps dure plus longtemps, parfois.

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