Parcours de combattantes

“Les vrais miracles font peu de bruit.”
Antoine de Saint-Exupéry

J’ai annoncé notre grossesse ainsi, à mes parents.

Nous étions parties en Belgique subir l’insémination attendue depuis plus d’un an. On était loin de l’acte d’amour et du « laisser faire la nature » rabâché sur les ondes. Nous, c’est sur un fauteuil obstétrique qu’a été conçue notre merveille. C’est dans un silence assourdissant qu’on a signé un contrat légal, et dans la plus discrète indignation qu’on a été évaluées par un psychiatre local, pour que notre dossier soit pris en charge. C’est le coeur battant la chamade, que j’ai faxé mes résultats d’examens au centre de fertilité, et c’est dans des trains de seconde classe qu’on a fait l’aller-retour en amoureuses. Parce que dans notre réalité, Romy a représenté une attente de plus d’un an et demie, un traitement hormonal proche d’une prise d’otage physique et mentale, et des économies patiemment épargnées, à coup de vacances renoncées.

Nous avons été les chanceuses : je suis tombée enceinte dès le premier essai.

Nous avons aussi été les poètes : ce parcours de combattantes, je n’en ai jamais ou presque parlé en ces termes autour de nous. J’ai évoqué l’attente, souvent, la ronde des examens. J’ai raconté comment nos amies s’en sortaient, et quels espoirs se confirmaient, lesquels étaient déçus une nouvelle fois. Nous avons été les chanceuses, quand d’autres ont du aller jusqu’à la FIV, alors je me suis peu appesantie sur ce combat.

Mais récemment, j’ai compris en évoquant notre fille et ma vision de la maternité à quelqu’un de très proche, que j’avais trop bien fait mon travail de joie. J’ai découvert, stupéfaite, que j’étais perçue comme celle qui veut tout savoir de sa grossesse, qui s’enthousiasme à la moindre semaine supplémentaire, et qui adore les papillons volant au-dessus des berceaux. J’exagère – mais si peu.
Rien, de nos renoncements, de nos difficultés, du chemin de patience et du véritable miracle que représente Romy, ne semblait avoir laissé de trace. Le récit de notre famille était devenu celui d’un de ces couples anonymes, qui se lèvent un matin, rêvent de devenir parents, et y parviennent finalement assez rapidement.

Alors je voulais écrire ici qu’une PMA n’est jamais un parcours de santé, même lorsqu’on fait partie des chanceuses. Que concevoir son enfant autrement qu’en faisant l’amour, n’est jamais une alternative facile. Que le fait que cela fonctionne, ou que nous soyons en capacité de passer les frontières pour obtenir ailleurs ce qu’on nous refuse ici, n’efface pas les sacrifices que cela demande.

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Je voulais écrire ici, pour qu’elle le sache un jour, que Romy est notre miracle. Sa mère et moi nous sommes rencontrées quand nous avions 15 ans. Elle seule mesure la terreur qui a régné sur ma vie pendant de nombreuses années, à l’idée de ne pas pouvoir avoir d’enfants ensemble. Il n’y a rien de banal dans cette naissance, c’était ce qu’on appelle une « grossesse précieuse ». Celle-ci, et toutes celles qui suivront, nous sont une fête parce qu’elles relèvent du combat. Ca ne va pas sans inquiétude. Les douleurs invisibles n’en existent pas moins, et il ne nous a pas suffit de nous lever un matin en nous disant : « tiens, et si on faisait un bébé? ».
Quant à toi, ma fille, tu illumines chaque jour le monde d’un éclat particulier.
Tu es celle que je n’attendais pas, et que j’ai toujours attendue.
Tu es notre miracle, jailli dans ce silence qui caractérise tous les prémices de révolutions.

 

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9 thoughts on “Parcours de combattantes

  1. Sans compter les difficultés supplémentaires qu’il peut j’imagine y avoir, pour la parentalité elle-même…Le regard des gens, les schémas standards habituels « papa-maman » où faut s’expliquer, la société pas toujours prête même si ça semble aller (en général) dans le bon sens…
    Je crois qu’il faut trouver un équilibre, entre montrer combien ça peut être facile aussi pour les couples homos d’avoir un enfant, pour ne pas créer de barrières et montrer la réussite ; mais sans le banaliser non plus, parce que clairement, pour les couples de même sexe même quand l’issue est positive, ça reste un combat moral, physique, sociétal. Un parcours souvent bien plus dense que bien des parents hétéros (moi y compris, j’ai eu la chance d’avoir la voie « toute tracée » mais je mesure combien ce chemin peut être difficile pour bien d’autres…).

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    1. Merci à toi. Ce sont les mêmes sentiments que je décrypte parfois dans ton ciel, malgré les combats quotidiens, malgré la peur de ne pas y arriver. Je pense beaucoup à vous même si on ne se connaît pas et je suis certaine que tes jours seront plus léger rapidement

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  2. Il est vrai que l’on a tendance à oublier le parcours de chacun une fois les enfants dans les bras. Ce qui compte avant tout, c’est que l’amour vous ai guidé le long de votre chemin… vous représentez l’espoir des possibles, tout en vivant pleinement votre bonheur, et pour beaucoup cela efface toutes les épreuves qui vous y ont conduit ! Belle continuation à votre jolie famille.

    Aimé par 1 personne

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