Principe de réalité #2 : devenir parent

Enceintes, on rêve toutes à voix haute. Au parent moderne mais pas trop qu’on deviendra, à l’équilibre qu’on trouvera dans tout, à l’humilité dont on saura se vêtir en période de doute. Et puis, un matin, l’enfant nous fait naître parent, et nos convictions s’évanouissent instantanément.

Avant Romy, je craignais d’avoir du mal à être une maman tendresse. Aujourd’hui notre fille croule tellement sous les câlins qu’elle hausse les épaules quand on lui dit je t’aime.

Je pensais allaiter sans la moindre pression, j’avais analysé la chose grâce à mes études de genre. Je me suis pourtant laissée embarquer malgré moi dans 3 semaines de tire-lait, avant de reconnaître que ça me ruinait le moral.

J’étais persuadée que mon long héritage familial médical me protégerait des paniques des primipares. J’ai emmené la joufflue aux urgences à trois semaines, parce qu’elle avait 37.2 de température et que « les convulsions ça va très vite ».

J’étais prête aux montées hormonales et à voir mon corps changer. Deux ans après, j’arrive enfin à me tutoyer avec indulgence, après une bonne année de garde-robe aléatoire et de rupture radicale avec toute coquetterie, ou presque.

Je m’étais promis de limiter les visites les premières semaines. J’ai finalement laissé la terre entière défiler, parce que dans les moments partagés on oublie qu’on a peur ou qu’on est épuisée.

Je me moquais presque toujours du regard des autres. Je suis pourtant capable de citer mot pour mot toutes les remarques maladroites qui nous ont été faites depuis sa naissance, tant elles ont blessé la jeune maman en moi.

J’étais figée dans un sérieux millénaire, je passe depuis des mois toutes mes soirées à courir à quatre pattes, à faire des concours de grimaces et depuis peu, des batailles d’eau.

Il était primordial à mes yeux de ne jamais exposer notre fille à un écran avant trois ans, et j’ai donné des centaines de biberons devant ma série du moment.

Je m’imaginais en maman louve,  je suis devenue cette nana ultra organisée qui saute de joie à l’idée de prendre le train seule, après avoir confié sa fille à la moitié de sa famille et de ses potes. Tant qu’elle est nourrie et que j’ai une photo régulièrement pour éviter qu’elle me manque, ça va.

J’en passe. Des bonheurs simples, des dépassements de soi, des révélations incroyables sur notre patience infinie, la force qu’on a quand il faut obtenir ce qui nous semble le mieux pour notre minie.. j’en passe. Parce qu’on ne sait jamais quel parent on va devenir. Naître à soi est une histoire de révélation. Alors aujourd’hui, quand j’entends des futurs parents dire comment ils seront avec leurs minis, je souris. À celle que j’étais et qui a fait pareil. À celle que je redeviendrai sans doute, quand la famille s’agrandira, et qui oubliera un peu vite qu’on ne sait jamais avec certitude la mère qu’on deviendra.

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PS : Oumi, elle, est devenue la version améliorée d’elle-même. C’était prévisible, me direz-vous.

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4 thoughts on “Principe de réalité #2 : devenir parent

  1. Evidemment! On a plein de belles idées, et puis on les confronte à la réalité. Et on change encore en étant parents, rien n’est figé, je ne suis pas la même mère qu’il y a 5 ans ni que dans 5 ans je pense…L’essentiel et de se respecter, de respecter ses enfants, et de faire du mieux qu’on peut au moment H. Ne jamais dire jamais!

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