Cent livres ⭐️ La nuit, d’Elie Wiesel

« L’obscurité était totale. J’entendais seulement ce violon et c’était comme si l’âme de Juliek lui servait d’archer. Il jouait sa vie. Toute sa vie glissait sur les cordes. Ses espoirs perdus. Son passé calciné, son avenir éteint. Il jouait ce que jamais plus il n’allait jouer. […] Comment pourrais-je oublier ce concert donné à un public d’agonisants et de morts ! Aujourd’hui encore, lorsque j’entends Beethoven, mes yeux se ferment et, de l’obscurité, surgit le visage pâle et triste de mon camarade polonais faisant au violon ses adieux à un auditoire de mourants et de morts. Je ne sais combien de temps il joua. Le sommeil m’a vaincu. Quand je m’éveillais, à La clarté du jour, j’aperçus Juliek, en face de moi, recroquevillé sur lui-même, mort »

J’entre dans cette liste de cent livres par la porte de l’Histoire, et de l’effroi.

Je découvre ce texte puissant d’un jeune juif déporté avec toute sa famille, devenu aux lendemains de l’horreur un homme érudit, écrivain, acteur de son temps, Prix Nobel de ce monde, et sceptique.

J’avais pourtant fait mes devoirs comme toutes les jeunes pousses de France : j’ai regardé ahurie et au bord du malaise Nuits et brouillards alors que j’avais à peine 15 ans, en classe. J’ai lu Primo Lévi, disserté sur son style pour mon bac de littérature. Je me suis jetée à corps perdu dans Hannah Arendt lorsque l’adultat m’a permis d’entrevoir l’humanité mise à l’index par la shoah. J’ai côtoyé, à travers le militantisme de mon amoureuse, les ravages de la colonisation d’Israël et du conflit israelo-palestinien, notamment à Hebron où les enfants palestiniens traversent des rues surplombées de grillages, sous les pluies de pierre des enfants de la communauté adverse.

J’ai fait, comme on aime le dire, mon devoir de mémoire. Et je suis passée à côté de ce livre poignant, jusqu’à aujourd’hui. Des lignes d’une nudité extrême, comme une invective au dieu de l’auteur : où étais-tu, ressasse sans cesse le murmure des marées humaines sacrifiées à la machine de mort.

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One thought on “Cent livres ⭐️ La nuit, d’Elie Wiesel

  1. Oui, c’est vrai, le sentiment que Dieu est aux abonnés absents suscite doute et revolte. Cependant, doit-on nier son existence ou le sommer de comparaitre ? Il semble etre responsable de l’horreur et de la souffrance qui accablent l’humanite. Raisonner ainsi c’est absoudre l’Homme. Il est certes vrai que l’  » injustice  » divine nous parait incomprehensible et insupportable. Mais que dire de tous ces hommes qui, tout au long de l’Histoire, ont martyrise leurs semblables ?

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