La copine du copain d’un ami

Je me souviens de cette copine du copain d’un ami. Un soir d’hiver, des mojitos et du vin épais traînent sur la table. J’entends dire qu’elle est arrêtée depuis quelques temps. Un problème féminin. On n’en sait pas plus, si ce n’est qu’elle a mal. Une nana qui ne se plaint jamais dans mon souvenir, mais que je connais peu.

Plus tard il y a cette visite de contrôle avant de nous lancer dans l’aventure bébé. Une opération express, la routine pour les femmes qui, me dit-on, ont toutes au moins un kyste dans leur vie. Et au réveil, l’annonce lapidaire d’un interne manifestement pressé de partir fêter noël. On a trouvé des adhérences sur le péritoine, on vous expliquera.
Personne n’explique, on me met sous ménopause artificielle, une babiole qui laisse mon corps inerte durant huit mois, et me permet d’imaginer l’immense tabou social qui règne encore sur le corps des femmes. Je ne sais pas si je suis réellement atteinte d’endométriose, si ça ternira mon désir d’enfants. Je suis encore l’élève docile d’un système médical organisé entre détenteurs du savoir, et patientes passives.
L’inquiétude, rampante, ne me quitte plus.

Le temps file, je revoie la copine du copain d’un ami. Elle a subi plusieurs opérations. Ses yeux se mouillent lorsqu’elle apprend que je suis enceinte, sa main se tend. On ne se connaît pas vraiment, on se reconnaît peut-être un peu, de loin en loin. Elle dit – je me bats. Elle ajoute – je souffre chaque jour. Elle est elle à un stade avancé. On ne lui promet pas qu’elle pourra être mère, on lui parle parfois d’adoption.

Entre temps, j’ai appris que le traitement qui m’a été infligé n’est presque plus pratiqué, car il a des conséquences trop lourdes sur l’équilibre physique et émotionnel des femmes. Il ne prémunit de rien, et ravage le doux équilibre du corps. J’ai pris mes cliques, ma grossesse naissante et j’ai poussé la porte d’une praticienne meilleure.
Elle me confirme que je ne suis pas victime d’endométriose au présent. J’ai fait ce que l’on appelle un épisode, ce qui est complètement différent, et relativement courant. La maladie ne s’installe que lorsque les effets de l’endométriose se répètent à chaque cycle. J’ai un terrain favorable, mais pour le moment tout va bien.

Mon souffle revient. Romy naît.

La copine du copain d’un ami trace aussi sa route maternante, et tutoie le rêve d’un enfant si longtemps hypothétique. Elle s’étend peu sur ce qui se passe à l’intérieur. Sur le combat qu’a été ce devenir mère. Elle me dit – j’en veux plusieurs. Silence. La maladie revient.

Et hier, une fidèle d’écriture, qui n’oublie jamais de semer quelques mots d’encouragements sur mes articles, évoque la maladie. Elle aussi est cette femme sur sept, victime du fléau de l’endométriose. Je réalise que j’aurais pu y penser durant la Semaine européenne de lutte contre l’endométriose, en mars, mais finalement j’y pense souvent. A ces maladies de femmes, que peu comprennent, qui nous rendent invisibles par pudeur, ce doux euphémisme de la domination de genre largement intégrée par la moitié féminine de la population mondiale. On manque trop souvent d’une communication claire et publique.

Alors si vous avez quelques minutes pour vous-mêmes, vos femmes, vos soeurs, vos filles, lisez cet article de Sciences & Avenir. Il résume les principaux symptômes, et explique que la maladie peut être décelée d’une simple échographie.

A votre bienveillance envers vous-mêmes mesdames ♡

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6 commentaires sur “La copine du copain d’un ami

  1. Un doux article pour parler d’un sujet bien plus dur… Mais il est nécessaire de les évoquer afin de lever les tabous sur les maladies, qu’elles soient féminines ou masculines, physiques ou psychiques !

    Merci !

    Virginie

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    1. Tu as raison cela dépend des cas, une échographie pratiquée sur une femme qui souffre régulièrement durant ses menstruations permet souvent de le détecter, mais ce n’est pas infaillible et il faut parfois regarder plus loin. En tous cas mille pensées pour ton parcours, je croise les doigts 😘

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      1. Ça ne la jamais détecté pour moi. Et pourtant J1 je suis par terre, au sol, en train d agoniser. Et pourtant j’en ai que sur un côté à un seul endroit. 😕

        Merci beaucoup pour le reste 😉

        Aimé par 1 personne

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