Par humilité, par devoir, et par amour fou

« Être toi ». Sans bagage de féminité imposée. T’encourager à être toi. La maman consciente que je tente d’être, la femme presque délivrée des diktats du monde. Mais pas toujours. Mais jamais pour toujours. Mais plus dans ce que je transmets, que j’ai hérité d’un monde perclus de déterminations masquées. Et surtout pas dans ce costume maternel, que je fais à ma taille depuis plus de deux ans, et qu’il me faut sans cesse réinventer. Par humilité. Par devoir. Par amour fou, par instinct de liberté.
Depuis peu, cette notion persistante et première de « l’être toi ».
Comment t’aider à être toi? Comment ne pas orienter tes goûts, tes rêves, tes incarnations, autrement que par le modèle de valeurs qui nous éclairent?
Comment me défaire des chaînes d’une féminité bourgeoise, dont certaines danses me plaisent et me rassurent, mais dont je refuse de cultiver les principes de soumission et de pudeur.
Cet « être toi », qui me montre la route, jaillit parfois par bribes. Par colères. Par vagues de tendresses, dans l’interstice des jeux. Une lueur ténue, vacillant aux vents de l’enfance, qui illumine tes instants de solitude.
Cet « être toi », que tu défends si farouchement, est source d’oppositions. Tu dis, moi toute seule. Tu dis, je veux pas. Je suis pas ça.
Moi. Et moi encore. Ici, ou là. Moi dans l’espace, dans le temps et demain. Moi tout de suite, contre toi, contre nous, tout contre ou juste contre.
Moi par intuitions et bravade, moi par urgence d’apprendre, de toucher, d’expérimenter. La découverte pour religion, l’instant présent pour éternel lever de rideau.
Comment ne pas céder aux sirènes sociales ? Tenir ta main, juste assez pour ne pas craindre l’accident, et voir tes pieds quitter le sol, t’envoler aux bourrasques de tes courses folles ?
Comment ne pas limiter tes aventures, avec des mots rétrécis aux attentes adultes ?
Longtemps, j’ai dis d’un sourire amusé, elle est « têtue ». Je pensais dire : elle dévale le monde. Elle dévore le temps. Elle se jette à coeur perdu dans la ville. Elle a le corps solide, les reins qui fourmillent, elle a le coeur continent et ses yeux reflètent la voie lactée de l’insouciance, chaque jour un peu plus.
J’ai compris, depuis, la gageure d’un vocabulaire teinté de prescriptions genrées. Je disais, elle est têtue, mais j’aurais dit, il sait ce qu’il veut.
Je disais, sans le savoir, l’obstination, le caractère en acier, le défi dans son regard de feu. Tous traits de caractères que l’on admire chez un petit, et que l’on ne fait que tolérer chez une petite.
Je disais alors, elle n’est pas tout à fait une petite fille, je ne le disais pas mais les mots de cette langue le transmettaient pour moi.
Et cet « être toi » libre, dont je suis si fière, grandissait à vue d’oeil comme un pas de côté, une manière de s’excuser de devenir, ou presque.
Alors j’ai tout changé. J’ai effacé ce mot de mon vocabulaire, j’en ai cherché un qui corresponde à ce que je veux pour toi.
Ma toute petite, ma si grande. Et j’ai trouvé. Sous le tapis des discours oubliés, ceux qui ne relèvent pas de l’éducation, mais bien de l’émerveillement.

Maintenant je dis, elle rock. Notre fille, elle a tout de cette petite fille qu’elle invente à mesure qu’elle grandit, et elle rock. Définitivement.

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5 commentaires sur “Par humilité, par devoir, et par amour fou

  1. Tes mots résonnent en moi parce que je crois que ma petite fille ressemble beaucoup à la tienne : un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut et surtout ce qu’elle ne veut pas. Et comme toi je m’interroge souvent sur ma façon de faire avec elle, est ce qu’inconsciemment je ne la bride pas parfois un peu parce qu’elle n’est pas une parfaite petite fille modèle ? Mais heureusement sa vitalité balaye tout et surtout son papa est mon meilleur garde fou pour la laisser être ce qu’elle veut et pas ce que nous voulons !

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  2. Comment les laisser être eux-même ? Difficile question que je me pose surtout à propos de mon grand… J’essaye de ne pas l’orienter dans une direction plutôt qu’une autre, j’essaye vraiment de lui faire comprendre qu’il a le droit d’être qui il veut, que rien ne l’oblige à pratiquer un sport parce que papa en fait, qu’il a le droit d’aimer la Reine des neiges même si son grand père meurt d’envie de lui dire que « c’est pour les filles »… Je me battrai pour tout ça, pour lui et pour son petit frère. Les filles ne sont pas que comme ci et les garçons comme ça… Laissons la liberté à nos enfants ! Merci pour ce bel article 🙂

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  3. On m’a demandé il y a peu par qui j’aurais aimé être élevée, quels parents de cœur je pourrais me choisir. Je n’ai pas trouvé d’êtres humains qui soient à mes yeux suffisamment dotés. Ni personnages fictifs. Trop de failles trop d’insécurité. Mais quand je te lis je me dis que l’humanité reste possible.

    Aimé par 1 personne

    1. Alors ces mots… Je vais els serrer contre moi chaque fois que j’aurais peur d’échouer dans mon rôle de mère. C’est ma fille qui m’éduque, mais c’est la bienveillance et les encouragements de personnes comme vous qui me font avancer

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