Mes bibles féministes

Vous commencez à le savoir : je suis féministe.

Plus que cela, j’ai coutume de dire lorsque l’on m’interroge que je suis entrée en féminisme comme on entre en religion. Imaginez la révélation d’une lecture du monde qui m’expliquait enfin pourquoi je ressentais une colère si profonde et comment lutter pour obtenir ma place au soleil. Durant 5 ans, je n’ai vécu que féminisme. J’ai appris à dire je, j’ai appris à dire tu. J’ai compris qu’il serait possible un jour de dire nous. J’ai orienté toutes mes études en fonction de cette chapelle, et je me suis expatriée au Canada pour ouvrir mes horizons. Là-bas, j’ai rencontré celle qui allait devenir une de mes meilleures amies, dont je vous ai déjà parlé ici et qui répond au doux nom de chouette. Elle et moi, avons fait notre route de féministes, parfois engagées, parfois muettes. Ces dernières années, chacune à notre façon, nous nous sommes par moments endormies sur nos lauriers. Il fallait vivre, il fallait faire passer nos ambivalences d’abord, il fallait admettre que nous étions des femmes qui expérimentent et qui pensent, ce qui n’est pas toujours simple.
Et puis, chacune à notre façon, nous nous sommes réveillées. Qu’il est doux le réveil en sororité. Nous avons recommencé à sentir la flamme de cette foi intime, qui nous pousse à porter sur le monde un regard d’espérance, qui nous oblige à voir les inégalités, à ressentir les violences, à les nommer avec de vrais mots, pour espérer construire un jour un monde différent.

Comme beaucoup de féministes, j’espère qu’un matin, nous nous réveillerons le 9 mars en ayant oublié que la veille, à une certaine époque, il nous fallait célébrer les droits des femmes du monde. Que nous avions, un jour par an, le désir de mettre en avant leur audace, leur intelligence, leurs identités, leurs parcours et leurs revendications. Et comme bien des féministes, j’ai conscience que le chemin à parcourir reste long. Alors, cette année, j’ai demandé à ma chouette de me dire quels ont été les livres qui ont façonné son parcours. Quelles sont ceux qui l’ont réveillée, qui l’ont blessée, qui l’ont fait cheminer. Quelles pages lui ont donné des outils pour relever la tête, ou simplement comprendre qui elle est.

Voici sa liste, largement mélangée à la mienne. Tous ces livres sont des cris de fureur qui enjoignent nos sociétés à faire leur examen de conscience.
J’aurais pu doubler ces titres et vous fournir encore 1000 références, car en dix ans, ces lectures ont pris une place essentielle dans ma vie. Mais c’est une amorce, une main tendue pour celles et ceux qui auraient envie de se plonger dans la réflexion.
J’ai essayé, chaque fois que c’était possible, de ne pas vous mettre des liens vers les grands revendeurs en ligne. Une habitude héritée de mon milieu professionnel, je vous invite à vous tourner vers votre libraire de quartier si vous souhaitez acquérir un de ces ouvrages.

Je vous souhaite à 8 mars flamboyant, et fais le vœux fou que de mon vivant, nous n’ayons plus besoin de le fêter !

Les bibles

King King Theorie, Virgine Despentes
L’emprise du genre, Ilana Löwy
Libérées !, Titiou Lecoq
Beauté fatale, de Mona Chollet
Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimamanda Ngozi Adichie

Les oeuvres de fictions éclairantes

Le dieu des petits riens, Arundhati Roy
Le premier siècle après Béatrice, Amin Maalouf
Chanson douce, Leïla Slimani
Le choeur des femmes, Martin Winckler
L’odyssée de Pénélope, Margaret Atwood
Alabama song, Gilles Leroy
Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, Darina Al Joundi, Mohamed Kacimi
Ainsi soit-elle, Benoîte Groult
L’évènement, Annie Ernaux
Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

La littérature spécialisée, les livres chouettes qui permettent de s’approprier les concepts !

Les gros mots – Abécédaire joyeusement moderne du féminisme, Clarence Edgard-Rosa et Collectif
Les identités meurtrières, Amin Maalouf
La cause des femmes, Gisèle Alimi
SCUM Manifesto, Valerie Solanas
Les Règles, quelle aventure !, Elise Thiébaut et Mirion Malle
Le livre noir de la gynécologie, Mélanie Dechalotte
Un troussage de domestique, Christine Delphy
La Pensée straight, Monique Wittig
Sexpowerment, Camille Emmanuelle
Les joies d’en bas : Tout sur le sexe féminin, Tegnehanne et Nina Brochmann

Affiche collée dans le cadre de l’opération Merci Simone, pour rappeler à tous l’importance de la loi IVG. Moi, qui ai fermé mes oreilles aux positions réactionnaires que Madame avait en fin de vie, je trouve important de saluer et protéger nos droits les plus essentiels. Nous avons gagné du terrain grâce à son acharnement, et à celui des milliers de femmes et d’hommes avec elle. Les êtres ne sont pas d’un bloc, ils échouent parfois à comprendre les révolutions humanistes auxquelles ils assistent, cela n’enlève rien à leurs moissons d’espérance. 

6 commentaires sur “Mes bibles féministes

  1. Merci beaucoup !

    J’ai noté plein de références dans mon carnet à souhaits. Je partage aussi mes Bibles Dessinées avant de filer à la bibli :
    – L’Origine du Monde – Liv Strömquist
    – Les Sentiments du Prince Charles – Liv Strömquist
    – Conduite interdite – Chloé Wary
    – Le vrai sexe de la vraie vie – Cy
    – Un autre regard – Emma
    – Olympe de Gouges – Catel Muller et José-Louis Bocquet
    – Les Culottées – Pénélope Bagieu
    – Princesse aime Princesse – Lisa Mandel
    – Féministes : Récits militants sur la cause des femmes – collectif

    Alexia

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  2. J’aime l’idée qu’on soit entré dans le féminisme comme on entre en religion. Pour ma part, je suis comme née avec. Ma mère l’était farouchement, mon père ne s’en posait même pas la question, il a toujours fait partie de ma vie de manière indiscutable. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à accepter les chemins de traverse et la controverse venant d’autres femmes. Je ne comprends pas comment on peut être femme et ne pas être féministe, c’est comme si l’on avait rien compris (et je crois que c’est bien souvent le cas). Je m’emballe mais ce n’est pas du tout ce que je voulais te dire initialement, je voulais te dire « oh chouette tu as vécu à Montréal ? ». Ça fera 5 ans pour moi cet été.

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ah. Alors 1) oui j’y ai vécu un an, durant mes études et j’ai adoré cette société moins clivantes d’un point de vue sexuée, même si elle a aussi ses inconvénients et 2) oui, il y a du déni dans le fait de ne pas être féministe en étant femme, ou tout du moins une intériorisation du phénomène de la domination masculine qui n’est pas identifiée (à mon sens) (difficile de dire ça sans se sentir condescendante) (pourtant j’y crois, fondamentalement) !

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