Celle qui tremble à l’intérieur

Ces derniers mois, j’ai traversé une tempête immense. Je ne sais pas comment en parler ici, mettre des mots revient à dévoyer ses propres sentiments parfois. J’ai traversé une tempête qui porte plusieurs prénoms, et qui s’appelle : devenir adulte.

Je me croyais grande, jusqu’à la naissance de Romy. Je me voyais arrivée, grâce à l’amour-toujours rencontré à quinze ans. Chanceuse, un peu bénie. Puis je me suis crue née, le jour de son jaillissement au monde. Le temps du pouponnage, celui du couple essoufflé m’ont ramené à l’humilité. Il y a eu une solitude certaine, dans cette re-naissance.
Alors j’ai compris, en écumant les tragédies que nous vivons tous, que je n’étais qu’une femme en devenir.

J’ai appris qu’il n’est pas très utile de porter mes combats ou mes malheurs en bandoulière. La mort – des autres, de soi, et la résistance – toutes les résistances, sont d’une banalité affligeante. Mais leur faire une place et refuser qu’on nie leur existence est une manière de prendre soin de moi.
J’ai dit que tout n’est pas facile pour moi.
J’ai entamé la lente destruction des façades mondaines, et des discours de surface. C’est une risque à prendre, être soi ou être à la bonne place, un risque vertigineux.
J’ai dû apprendre une nouvelle langue, celle du silence parfois, celle des mots vérités et non des mots attendus.

J’ai dû commencer à regarder en face mes attentes déçues. A admettre cette nature d’accompagnante, à revendiquer mon désir d’écriture et de liberté. J’ai mis au caniveau les guerres que je ne pouvais pas gagner, ça m’a pris un temps fou d’abandonner celles ou ceux que j’aime à leurs batailles. Je ne sais pas si j’y suis définitivement parvenue, mais j’essaye, chaque jour.
Moi qui ai toujours cherché à temporiser mes liens, à être dans la diplomatie, à bâtir des ponts, j’ai compris que quoi que je fasse, je ne serais jamais parfaite.
Ceux qui appellent cette perfection de tous leurs voeux sont aussi ceux qui me précipitent dans des rôles qu’ils me reprochent. Ils ne seront jamais satisfaits.
Je me suis excusée, pour mes erreurs. Chaque fois que j’ai trouvé une oreille attentive.
J’ai cultivé l’indulgence et la bienveillance dont j’ai parfois cruellement manqué. Et j’ai dit, lorsque j’en étais capable : je t’aime, avançons.

J’ai appris, enfin, que cette mue opérée depuis deux ans est la fin d’un cheminement.
Le théâtre d’enfance s’est effondré, il reste des adultes beaux, capables de générosité, des adultes en béquilles dont je fais partie. J’ignore beaucoup d’eux et tous, ne me connaissent pas bien. Les amis, les connaissances, l’amoureuse, les collègues, ceux que j’ai choisis et ceux qui sont arrivés par d’autres portes que la mienne : ils inventent un monde dans lequel je veux être moi-même. Où j’ai trop souffert d’isolement, de silences, de haines à peine dissimulées, pour ne pas connaître la valeur de la fraternité, et de la sororité.
Un monde où j’apprends à dire je, avant de dire tu.
A ne plus tendre la joue, lorsqu’on me manque de respect.
A ne cultiver que les relations réciproques, celles où l’autre s’enquiert de mes rêves, de mes espoirs, autant que je m’enquiers des siens.

Ces derniers mois, j’ai traversé une tempête interminable. J’ai pleuré sur toutes les épaules croisées, et retenu les mots qui auraient dit mon incompréhension parfois, ma blessure souvent.
Je confiais à qui voulait bien s’y intéresser : ne me secouez pas, je suis un pot de larmes.
Un soir, ma femme solaire m’a dit : tu trembles moins à l’intérieur. Et c’était déjà le printemps doux à nos fenêtres. J’avouais alors que j’avais enfin déserté la bataille. Que j’avais, à force d’endurance, déposé les armes. Il ne me restait plus qu’à grandir et guérir, comme toujours.

La tempête de devenir adulte ne s’arrêtera pas, je sais qu’elle repose ses fers usés aux frontières de ces mots. Commencer à parler, me permet de la tenir en joue. Le temps d’admettre qu’une époque est révolue, et que dans cette nouvelle ère de ma vie, il me reste à inventer toutes les aventures d’amour et de joie dont je serai capable.
Seule-ensemble, avec l’amoureuse et Romy.
Avec, peut-être, quelques visages précieux dans la queue de comète de nos espoirs.

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4 commentaires sur “Celle qui tremble à l’intérieur

  1. A te lire, j’ai l’impression que tu as entamé un grand processus de guérison dont toi seule est l’auteure et la bénéficiaire de cette réussite. Il me semble que tu as déjà gagné énormément à te prendre en main et que la victoire est à portée de tes doigts. Comme je dis souvent, le plus dur est démarrer le moteur et d’amorcer la première vitesse, les autres ne sont plus qu’une formalité.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est vrai, c’est toujours le premier pas qui coûte. Les autres relèvent juste d’une sorte de fatigue de l’âme, mais ils deviennent possible. Merci pour ton regard encourageant 🙂

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