L’arbre secret de ma mémoire, de Françoise Collin

Tu étais clos comme une péniche noire
A la surface du canal.

Pourtant je pris demeure sur ta vie.

Ma tête de fenouil enflée de fourmis rouges,
Fourmis ailées, fourmis sans cesse remuantes,
Mon vêtement
Tu y as mis le feu dans un bois de jonquilles,

Et notre amour s’habilla de fumée.

La grande feuille plate de ton corps
Luisait comme une palme sur l’étang,
Luisait comme un poisson dans des nœuds de lumière,
Ta peau mettait un goût de pain
Dans mes narines.

Tu me fis don de robes neuves
Et d’espadrilles lacées de violettes,
Car nul encore n’avait lu sur la couture de ta bouche.

Je ne t’apportais rien
Qu’une soupière d’argent

Et le vin chaud de ma poitrine.
Mais tu tendis ta passerelle`
Quand l’hiver dénoua ses vieux chevaux haleurs.

Je pris demeure sur ta vie.

Et tu m’ouvris l’arbre secret de ta mémoire
Enfant de mort et de folie dans des maisons frappées d’orage
Où glissait l’aile du hibou sur des fantômes de noyé.

Et je t’ouvris l’arbre secret de ma mémoire.

Histoires sans douceur que tu taisais couché
Au milieu de la nuit dans la cabine chaude
Où le feu s’éteignait.

Françoise Collin
in Écrire (revue), n° 6, éditions du Seuil, 1958

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