Tu es parfaite

Avant, je n’aimais pas beaucoup qu’on me dise que tu es parfaite.
J’entendais : bien élevée, sage, jolie, intelligente. Ça sonnait comme une image d’épinal : un brin désuet, et bien plus proche du carcan que des habits virevoltants de l’enfance.
Alors je répondais, systématiquement : « Non, elle est elle et c’est déjà exceptionnel. »
Dans les mauvais jours, je disais aussi : « C’est une enfant qui ne mange pas / elle a fait un caprice hier / elle s’emmêle les pieds quand elle court / elle ne dort plus depuis un mois. » N’importe quelle variante des aléas de la petite enfance servait de paravent à sa prétendue perfection. Je refusais catégoriquement que ce qui était sans doute un compliment, devienne le poids invisible d’une conduite à tenir sur ses épaules. Et je n’appréciais pas non plus qu’on prétende que nous avions enfanté une petite fille en papier glacé, sans le moindre soubresaut d’insolence, incapable de fugue et de bêtise.

Parce qu’en tant que mère, je chéris tous les chemins de traverse que tu empruntes.
J’aime que tu sois bavarde à l’excès, mais peu agile de tes jambes.
Je ris très fort lorsque tu me soutiens mordicus que Oumi t’a permis telle chose, alors qu’il n’en est rien.
Et quand tu luttes, pour prendre une décision toi-même, quand bien même il s’agit de ne te nourrir que de sucre.
Ou bien ces jours interminables, où ma patience est déjà épuisée à :10, et que je sais que je passerai les longues heures suivantes à tenter de ne pas crier.

Je ne veux pas que tu sois assignée au symbole de la petite fille modèle, comme j’ai pu le ressentir souvent. Mais au fond de moi, je veux encore moins que tu portes les combats qui ont été les miens. Ton enfance, l’harmonie de ses souvenirs, doivent être tout à toi, et rien qu’à toi. Alors quand on me dit que tu es parfaite, je savoure l’offrande comme un bonbon coupable.

Tu es parfaite, ma belle.
Avec ta voix perchée et tes courses saccadées.
Avec tes genoux écorchés et tes robes qui tournent.
Ton amour des paillettes, des robes d’Afrique et des djellabas de tes tantes.
Tes bonjour si facilement semés, et tes au revoir retenus, car tu n’arrives pas encore à laisser partir ceux que tu aimes.
Tu es parfaite les jours faciles, et encore plus les jours difficiles.
Quand tu m’épates et quand tu me fais attendre.
Tu es parfaite, qui que tu deviennes.
Parfaitement toi.
Ma lumière.

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2 commentaires sur “Tu es parfaite

  1. Je n’ai pas de fille et je ne sais pas pourquoi; je trouve moins lourd ce compliment pour un garçon. Cela dit, je comprend absolument ce que tu veux dire, surtout quand tu soulèves ton propre vécu. J’ai du coup et malgré tout la même angoisse concernant mes garçons, voir peser le poids de la prétendue perfection, celle qui se cantonne aux apparences – tant qu’elles sont sauves tout va bien – sur leurs petites épaules. J’ai même eu une drôle de réaction aux premiers compliments de la maitresse : « mais enfin, tu sais que tu peux aussi faire des bêtises parfois, à l’école ?! » (si possible d’ailleurs de les faire l-bas plutôt qu’à la maison :-))
    Autant dire que mon mari m’a pris pour une folle …. Alors merci à toi; je me sens moins seule !

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ah, je comprends tellement. Finalement, je pense que les garçons subissent aussi certaines assignations. Les petites filles doivent être sages et douces, les petits garçons braves et forts. Il y a du travail des deux côtés pour libérer nos petits des diktats du genre, et les laisser devenir qui ils sont !

      Aimé par 1 personne

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