Violette

Violette n’a pas une vie facile, depuis que les travaux ont commencé.
Elle tremble comme un prunier sur ses genoux, avec les murs de son logement social elle tremble, c’est les bétonneuses qui secouent sa vieille carcasse.
Elle dit ça à la caisse du Franprix, les mains serrées sur un caddie branlant.
Des yeux pour mettre au défi d’écouter sa longue plainte.
Elle a bien un fils, quarante ans, mais il a épousé une grue.
Elle dit – bête comme ses pieds, c’est pas tellement qu’elle a pas fait d’étude mais vous savez, en dix ans pas une fois elle a débarrassé son assiette.
Ça fait beaucoup d’assiettes.
Violette regarde Romy, qui construit un parcours d’obstacles avec le banc et le chariot.
Elle dit – faudra lui apprendre les batailles.
Parce qu’on n’a rien sans rien, même de son temps, fallait tenir le logis et pas broncher. Violette a de la couperose sur le bout de son nez, elle fourre dans son caddie des abricots séchés et quelques bouteilles de Merlot.
Sa petite-fille ? Pensez… Avec une mère pareille et un père qui ronfle jusqu’à midi, c’est pas sa faute à la gosse, mais on la fiche devant l’Ipad pour pas qu’elle embête les adultes.
Bah du coup elle enquiquine personne.
Elle parle à peine, comme un petit cochon sur son écran, elle a zéro curiosité.
Elle aimerait bien aimer sa petite-fille Violette: c’est pas tellement qu’elle soit jolie mais quand même, y’a quelque chose dans le regard. Et puis quand ils l’ont appelée pour dire qu’ils viennent pas ce dimanche, elle a soufflé.
C’est sûr qu’elle leur fera croire qu’elle était triste.
Au fond, le gigot et les pommes noisettes, c’est quand même du boulot.
Tout ça pour laver seule la vaisselle du mariage pendant qu’ils regardent la télé, les mains sur la braguette.
Elle dit – vous m’aidez pas mademoiselle. C’est gentil mais elle devient paresseuse avec le temps, ça lui fera son petit exercice.
Tirer ses courses jusqu’à l’immeuble.
Sortir son rouge dans le silence, s’asseoir tranquillement dans son fauteuil parce que personne est là pour pas faire attention et lui chiper sa place.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Les jeunes, ils croient toujours qu’on a besoin de visite parce qu’ils s’imaginent qu’être vieux c’est être en dépression. Mais moi j’ai pas besoin des bavardages, si ils lavent pas leur assiettes.
Vous lui apprendrez les batailles à votre gamine ?
Elle a un front haut, ma mère disait toujours que c’est signe de noblesse.

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2 commentaires sur “Violette

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