Puisque tu es aimée

Si tu ne sais pas quelle porte pousser, mon enfant, essaye les toutes.
Les adultes n’ont pas le monopole de la réussite. Ils te font croire qu’un chemin rectiligne est direct. Ils serinent à longueur d’enfance que la vie est faite de choix, et que chaque carrefour que tu prendras déterminera l’étape suivante.
Mais les étapes, mon enfant, ne sont peut-être que des escales.
Et les portes, de simples écluses.

Tu laisseras bientôt derrière toi le monde de la petite enfance, tu entreras à l’école publique.
J’avais rêvé pour toi d’une école Montessori, j’avais inscrit ton nom sur leurs listes d’attente dès tes premières heures. J’espérais nous grandir jusqu’à être en capacité de faire ce choix financier et logistique.

Mais nos lignes de vie se déroulent autrement.
Les mamans que nous sommes grandissent en compromis.
Tu iras à l’école que tu espionnes depuis toute petite, par la fenêtre de ta chambre. Tu y côtoieras les enfants de ton quartier, les familles arc-en-ciel du 93. Tu marcheras moins, tu retrouveras la petite voisine du septième que tu as en adoration.
Et un maître bobo.
Ou une maîtresse qui m’a semblée plus sévère.

Si tu ne sais pas quelle place choisir, mon enfant, laisse-toi le temps de l’hésitation.
Les adultes nous font souvent croire qu’il faut se jeter dans la mêlée. Que les compétences, sont une religion. Que le courage se mesure aux risques pris.
Mais ils se trompent de chapelle, il faut t’en souvenir.
Dans le bouclier d’amour dont je t’affublerai le jour de la rentrée, sans doute plus pour rassurer la maman tremblante que je suis que pour armer la petite fille capable que tu deviens, tu verras écrites en lettres d’or ces valeurs.

Il est souvent plus juste d’observer, avant de foncer vers l’aventure.
Le trésor est dans l’apprentissage, et jamais dans le résultat. Ce que tu vis te grandira à chaque écueil, on n’apprend trop peu de nos réussites et tant, des révolutions lentes.
Ne laisse personne te dire que le courage est de déplacer des montagnes. Il est dans l’application que tu mets à devenir toi. Parfois, cela signifiera déployer mille stratégies. Parfois, il te suffira d’être au présent et ce n’est jamais une mince affaire.

Et si, par un matin d’automne, tes pas tremblants font demi-tour, n’aies pas peur de venir te réfugier dans nos bras. Nous ferons de notre mieux pour t’accompagner vers ces années folles d’amitiés et d’autonomie. Oumi, avec sa vision d’une école publique libératrice. Moi, avec mes souvenirs de fillette timide, écorchée par le système.
Si tu crains de ne pas y arriver, mon enfant, tu recommenceras demain.
Le temps est long pour travailler chaque jour à la reverdie.
Rien ne presse, puisque tu es aimée.

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5 commentaires sur “Puisque tu es aimée

  1. Superbe, encore, et tellement, tellement parlant à moi qui l’ai déjà vécue, cette première rentrée – elle ne pourra pas être mieux accompagnée!

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  2. Superbe tant dans le fond que dans la forme ! Et touchant pour la maman que je suis, inquiète de sortir la petite fille qui a grandit libre de ses choix du cocon bienveillant qui l’entourait…

    Aimé par 1 personne

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