Principe de réalité : Culpabilité, mon amie

Chère Culpabilité,

J’ai beau être toujours du côté de la joie, et m’astreindre régulièrement à ne voir que le verre à moitié plein, je ne déroge pas à la règle. Depuis que je suis devenue maman, tu rodes furtivement dans les parages. Je sais que tu es là quand …

Je suis trop fatiguée pour jouer à cache-cache à vingt-et-une heures et que c’est Oumi qui s’y colle, quand bien même j’en meurs d’envie.

Je n’ai toujours pas appris l’arabe, après 10 ans de vie commune.

J’inscris Romy à la cantine tous les jours, et au centre de loisirs les mercredis dès sa semaine de rentrée, parce que ses deux mamans travaillent à temps plein.

Je répète pour la vingtième fois en dix ans que j’aimerais me remettre à la danse, mais que je n’en fais pas une priorité et ne parviens pas à me dégager du temps.

Je décide régulièrement de ne regarder des séries qu’un soir sur trois, et ne m’y tiens jamais plus d’une semaine.

Je mets Romy devant un dessin animé au restaurant, pour pouvoir mener à bien une conversation adulte.

Je pars régulièrement la première du bureau, pour récupérer ma fille.

Je décide d’allaiter mon enfant, n’y parviens pas et me fais embarquer dans des semaines de tire-lait sans être capable de reconnaître que je le vis comme un esclavage.

Je laisse Romy se faire disputer par d’autres lorsqu’elle pose trois fois la même question, alors que je sais que c’est normal et que c’est sa manière de se rassurer.

Je lui fais manger des knakis, des coquillettes et des crêpes au fromage, parce que j’ai la flemme de cuisiner.

Je ne nous accorde jamais une soirée de couple, faute de tout. Finances, temps, horizons.

Je n’emmène pas ma fille en vacances car mes premières semaines de grossesse sont si chaotiques que je fais 5h de sieste par jour.

J’abandonne pour un temps des amis qui j’aime profondément, car je n’aime plus beaucoup sortir.

Je rêve d’écrire, enfin, de faire le grand saut d’une vie autour des mots, mais suis tétanisée face au risque économique que cela comporte.

Je regarde autour de nous et constate que la Reine des Neige a pris possession de l’appartement.

Je crie, alors que ça ne marche jamais et que ses yeux n’expriment que la peur.

Je laisse couler, alors qu’il faudrait ne jamais lâcher sur certains principes.

Je dis que Romy ne portera pas de robes à l’école, pour la protéger des jeux dangereux de l’enfance – et je cède dès la première semaine face à ses supplications répétées.

Je culpabilise, souvent, en silence, sous ma cape de maman pressée, dans mes baskets de femme active- femme amoureuse- fille attentive – amie intérimaire – soeur impliquée – créative en marche. Je culpabilise non pas parce que je me trouve mauvaise dans l’un ou l’autre de ces rôles, mais parce que je m’entends dire trente fois par semaine que je devrais savoir, pouvoir, faire plus ou mieux. Par la société, les médias, les réseaux sociaux.
Parce qu’il n’y a jamais personne pour vous rappeler que les femmes, en accédant au marché du travail et à la maternité maîtrisée, se sont du même coup vues assignées à une forme de perfection totalement stérile et inatteignable.

Je culpabilise parce que j’ai été conditionnée pour me juger à l’aune de mes accomplissements dans le regard du monde, plutôt qu’à ma capacité à suivre mes propres désirs. Et je note dans un coin de ma tête que je ne dois jamais cesser de combattre cette culpabilité malsaine.

Parce qu’être soi, est déjà un temps plein. A plus forte raison pour les femmes qui en cumulent déjà pas mal en une seule vie de vingt-quatre heures par jour.

01 septembre 2018-IMGP3182

Publicités

7 commentaires sur “Principe de réalité : Culpabilité, mon amie

  1. Lister tout ça, c’est déjà tellement la preuve qu’on est un parent aimant et soucieux du bien être de son enfant ! C’est vrai que c’est dingue cette pression permanente (et les mères entre elles parfois, aussi…). Je tire vraiment mon chapeau à tous les parents mais à toutes les mères en particulier, qui en font tellement !

    (une interrogation subsiste de mon côté : quand tu écris « Je dis que Romy ne portera pas de robes à l’école, pour la protéger des jeux dangereux de l’enfance », tu penses à quoi en particulier ?)

    Belle soirée à toi

    J'aime

  2. J’essaie de me battre contre cette image lisse et parfaite que renvoient les réseaux sociaux de la maternité… Une pression énorme pour les femmes, diffuse, sournoise, qui ne dit pas son nom. On se croit obligées d’assurer sur tous les fronts…Alors qu’en fait on le fait déjà! Il faut avoir une vision d’ensemble, un recul qu’on perd dans le détail. Oui, des coquillettes, des cris, des ras-le-bol, des renoncements, au quotidien. Mais ce qu’il restera de ces années là, ce ne sera pas ça…ce sera le résultat, dans son ensemble, tous ces petits détails qui nous chagrinent sur le moment n’y auront pas de place, si l’on veille à ne pas se rajouter nous-même une chape de plomb sur les épaules pour essayer de ressembler à un modèle qui n’est parfait que pour celles qui veulent bien y croire. Parfaites, des fois. Normales, faillibles, souvent. Et c’est plutôt cette image là qu’on veut donner à nos enfants, non? Qu’on est humaines, pas des machines? Alors libérons-nous de ces menottes invisibles qu’on s’impose à nous-mêmes… Nous n’en seront que plus libres.

    J'aime

  3. C’est quand je crie ou que j’appuie sur des bêtises (« Est ce que tu comprends que c’est ÉGOÏSTE ce que tu fais ? Égoïste! T’aimes ça toi, être une petite fille égoïste ? Si c’est comme ca je vais faire pareil et tu verras ce que c’est! » hum), je me giflerais! Mais avec la fatigue et la pression je me retrouve parfois à lâcher la bride de mes paroles. Je me rattrape en cuisinant beaucoup, tout le temps, me rassure en me disant « peut être que toutes ces odeurs qui remplissent la maison resteront celles de leur enfance, qu’elles s’y raccrocheront », on se rassure comme on peut! Et sinon j’adore les crêpes au fromage !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s