Les mères que je connais

Les mères que je connais courent du matin au soir de la crèche au boulot et se débrouillent encore pour avoir un pain au chocolat à la sortie de l’école.

Elles ne renoncent pas à la tendresse, ni à la volupté et achètent des huiles pour masser leurs cicatrices.

Elle rééduquent leurs corps à se laisser toucher par un.e autre que leurs bébé.e.s, elles rééduquent leurs rêves pour s’adapter à l’isolement du congé maternité.

Les mères que je connais prennent des risquent, elles se mettent à leur compte pour avoir une chance de profiter de leurs mini.e.s le soir. Elles portent à bout de bras des entreprises délaissées par l’urgence de notre société, elles volent au brouhaha du temps quelques minutes précieuses pour aller faire du sport.

Les mères que je connais ne se plaignent jamais.

Elles ne se rappellent plus les soirs d’été à traîner au café, elles ont oublié la saveur des grasses matinées.

Elles ont autre chose : les petit corps au beurre glissés sous la couette du matin, les joues rouges aux éclats de rire, et l’insolence adorable chuchotée au petit matin.

Elles sortent par vents et tornades parce qu’un enfant dehors sera plus facile à coucher. Elles ont des granulés dans leurs cabas, elles jonglent entre le sac de piscine du deuxième et la réservation des vacances de printemps. Quand elles partent en vacances.

Les mères que je connais savent qu’on n’a jamais tout, sauf à faire rentrer trois journées en 24 heures. Alors elles perdent la passion, les années de petites enfance, elles donnent rendez-vous à l’amour quand les nuits seront plus clémentes.

Elles rechutent, parfois.

Elle sortent boire et danser elles s’enivrent, sur leurs vélos en lachant le guidon, elles sont saoules de l’exquise liberté qu’elles savent éphémère.

Elles rient fort.

Elles vivent fort. Et vite. L’héroïsme n’attend pas.

Les mères que je connais font des enfants miracles. Elles les font seules, à deux, avec un village parfois. Elles les font en silence ou à corps et à cris, elles les font par l’amour, par l’espoir, par la médecine.

Elles vivent dans un monde intransigeant où on leur répète qu’elles ne sont pas malades. Les nausées, les sciatiques, les dettes de sommeil, les anémies, les épisiotomies, les tranchées, les bouleversements hormonaux, la précarité et la solitude sont prié.e.s d’être vécu.e.s en silence.

On confond souvent la dignité avec la silence.

Les mères que je connais ont plusieurs cerveaux et pensent à tout. À la maison, aux projets, à la famille, aux administrations, elles pensent plus vite chaque jour et s’affranchissent du temps en abattant un nombre incalculable de tâches sans que grand monde ne le remarque.

Elles soignent des genoux, des mentons écorchés, elles massent des ventres anxieux et posent des jours de congés pour combattre la varicelle. Elles supportent le premier chagrin d’amour. Elles aménagent la première chambre de bonne.

Elles ont dans leur cuisine des baguettes magiques, des baguettes à sushi, et des baguettes de pain. Elle écoute Georges Michael, Gossip, ou Émilie Jolie. Elles ne savent plus très bien pourquoi elles se maquillent, mais elle se sourient dans le miroir des ans.

Elles adorent travailler, elles adorent quand le travail s’arrête. Et elles aimeraient bien que le travail ne serve pas uniquement à payer la nourrice.

Les mères que je connais aiment plus que tout. Elles aiment démesurément, elles aiment comme une bataille.

Quand l’enfant devient grand, le cordon arraché ne guérit pas vraiment et c’est en coulisse d’un sourire imperceptible que les autres mères peuvent voir sur leurs visages combien elles ont lutté pour que l’envol se fasse.

Elles n’ont pas toujours été faites pour être mères, elles le sont devenues. Elles partagent leurs vies sur Instagram, elles ne sont pas impudiques. Elles cherchent la bienveillance, l’amitié, la sororité.

Les mères que je connais prennent mille photographies par jour. Elles ont peur que la magie ne leur échappe.

Elles savent qu’à force d’aller vite, on s’oublie.

Elles collent des post-it sur l’écran de leurs ordinateurs, elles cachent des cœurs en papier crépon dans les poches de leur petit.e.s.

Elles sont partout. Vivantes. Vibrantes. Elles sont si belles.

Et quand elles sont au foyer, elles sourient tout bas à force d’entendre qu’elles sont en vacances. Les mères que je connais relèvent rarement l’insulte que leur fait la société à chaque seconde. Celle de ne pas considérer leur travail essentiel, celle de les croire privilégiées.

Les mères que je connais n’ont pas de cernes, elles ont des miracles au compteur. Et des ailes. Pour survoler la vie avec la tempérance des êtres qui savent que tout passe, sauf l’amour.

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8 commentaires sur “Les mères que je connais

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