Le choeur des femmes, par Martin Winckler

Il y a quelques semaines, j’assistais à une soirée d’échanges proposée par l’association Pour une MeUF, pour poser une parole libre sur le vécu de l’examen gynécologique. Je m’y suis rendue avec joie, m’intéressant depuis toujours à l’objetisation du corps des femmes et ayant été largement sensibilisée à ses conséquences de violence ordinaire par le corps médical lors de notre parcours de PMA pour avoir Romy.

Globalement, ces échanges ont été une véritable bouffée d’oxygène, et ont réactivé en moi le désir de déconstruire l’expérience qui est la mienne, et plus généralement le schéma de domination en place, qui condamne trop souvent les femmes à une double peine dans leurs parcours gynécologiques, puisqu’elles font face à une relation deux fois déséquilibrée en étant femmes et patientes – généralement mal informées.

Il serait difficile de résumer ici les mille sujets qui ont émergé de ce débat, j’ai donc plusieurs articles en cours de rédaction et vous devriez cette année voir émerger dans mes posts quelques bribes de réflexions féministes, au détour de mes brèves de vie de maman.

Je commence ici par la découverte – tardive…, du livre Le Chœur des femmes de Martin Winckler.
Médecin de formation, romancier et essayiste, il est l’auteur d’une oeuvre traversée par les questions de la bientraitance médicale à l’égard des femmes, de la mainmise des hommes sur le domaine gynécologique et globalement, de la nécessité d’une pédagogie large sur les questions de santé féminine auprès des femmes elles-mêmes, et des soignant.e.s .

Publié en 2009, ce roman met en scène l’arrivée d’une jeune interne promise à un grand avenir chirurgical dans une antenne médicale gynécologique atypique, dirigée par un médecin qui accorde plus d’importance à l’écoute de ses patientes qu’à la mise en oeuvre des examens physiques. A travers ce théâtre de personnages, le roman déconstruit toutes les croyances que nous avons toutes, plus au moins ancrées en nous, dans le domaine.
Pourquoi prescrit-on la pilule, qui oblige les femmes à reconsulter régulièrement, alors que d’autres moyens de contraception plus efficaces et pérennes existent ?
Pourquoi subissons-nous systématiquement frottis et examens gynécologiques, alors qu’un frottis n’est recommandé que tous les trois ans à part de 25 ans, et que l’examen n’est recommandé par les instances médicales qu’en cas de maladie suspectée ?
Pourquoi nous examine-t-on dans une position inconfortable et humiliante ?

La liste est longue… Et je vous encourage à entamer cette lecture sans attendre, car elle vous éclairera probablement sur la manière dont le patriarcat et le monde médical conjugués appliquent une mise sous tutelle systémique et invisible du corps des femmes.

C’est en tant que maman que cet ouvrage m’a bouleversée. J’ai conscience depuis toujours de me plier à des rites de passages sociétaux et médicaux qui ne sont ni plus ni moins que des agressions physiques. Je le fais, comme tout.e à chacun.e, pour obtenir ce dont j’ai besoin : contraception, examens, avis, paroles rassurantes… Mais j’ai réalisé au fil des pages que je ne pouvais pas soumettre ma fille, lorsqu’elle sera adolescente, à de telles situations. Il me faudra alors trouver comment lui apprendre que son corps lui appartient, envers et contre tout.e.s .

Bonne lecture ! Et pour celles qui souhaitent creuser :

Site de Martin Winckler
Le Choeur des femmes : critique du Monde et de Télérama
Association Pour une MeUF

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4 commentaires sur “Le choeur des femmes, par Martin Winckler

  1. Oh que ce sujet me parle ! Merci pour cet article, qui me montre à quel point il faut que je me dépêche d’aller acheter ce bouquin ! Au plaisir de te lire à nouveau sur ce sujet (et sur d’autres ! 😉 )

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  2. J’ai découvert moi aussi ce livre « tard » il y a deux ans environ, mais il l’a parlé au plus profond. J’ai eu les mêmes réflexions que toi… En tant que maman de trois filles, je me sens d’autant plus concernée !
    Depuis je conseille ce livre à toutes mes connaissances femmes intéressées par le sujet !

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  3. J’en ai parlé brièvement lorsque j’ai abordé mon accouchement sur le blog. Il est évident qu’un geste médical a été fait sans me l’expliquer, sans le prévenir de l´aspect douloureux de ce geste ni de ses conséquences. Je trouve cela excessivement choquant et révoltant.
    Je pense aussi à ma fille mais aucun autre choix ne s’offre à nous, à elle!

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