Carnet de voyage : Polignano a Mare, la belle

Mars 2017.
Puglia, mio amore.
 
On avait laissé Romy à sa tante adorée, la porte s’était fermée sur mon coeur brouillon de son visage du réveil, que je n’aurai pas vu.
C’est difficile d’expliquer qu’il nous faut partir, être ensemble être deux, être lovées l’une contre l’autre sans elle, et que dès les premiers instants son absence m’arrache le coeur.
C’est difficile de dire : je n’ai pas peur, j’ai les mains vides.
On avait laissé le trésor et l’appartement placardé d’instructions maternelles.
Un bus, un aéroport low cost, l’évasion coûte cher, un chaï latte caché sous mon blouson, le paysage jusqu’au tarmac, et les ailes irisées enveloppant la côte italienne. 
 
On avait loué une maison minuscule, creusée dans la roche de la vieille ville, je me souviens de sa salle de bain ocre et des vierges auréolées de guirlandes, partout dans les alcôves des murs anciens.
On avait mangé une pizza gigantesque le premier soir, j’étais un peu saoule, il faut toujours l’être. Et marché le long de la côte, sous une bruine glacée, marché jusqu’à une plage déserte pour écrire sur le sable le nom des deux trésors : notre fille, et sa cousine disparue.
 
On avait envoyé un selfie à la tante, et à la famille. 
Quelqu’un avait répondu : tu es maquillée, c’est drôle. 
Comme les bateaux fardés sur le port bruyant, et les pêcheurs tannés des embruns invisibles, et les poulpes mauves que je prenais en photo. Et sa main dans la mienne, seules, ensemble.
 
On avait pris le train jusqu’à la cité ancienne de Polignano a Mare.
Les bâtisses fortes qui paraissent penchées sur la mer, leurs murs épais ruisselant des marées et les pavés qui luisent aux réverbères du soir.
On avait loué deux films inspirant, pour nourrir l’âme : Les Pépites et Relève.
Les corps sauvés du naufrage, ceux qui s’enroulent sur le tempo et ceux qui fendent les planchers.
On avait pris l’eau jusque dans nos chaussettes, on s’était perdues dans la si petite ville, on avait ri de ne pas trouver plus de deux cafés.
On avait fait tous les panoramas, tendu les bras au-dessus du vide pour prétendre ne pas avoir peur, rêvé d’emmener Romy visiter ces Pouilles-là, celles qui sont encore sauvages, et gorgées des murmures anciens, avec ses chemins biscornus et ses restaurants de poissons.
On s’était couchées tôt, réveillées tôt.
Elle était là dans ce rythme pris depuis sa naissance, incapables du repos qu’on pratiquait sans y penser, avant d’être mères.
On s’était regardées dans le coeur, on avait exploré une grotte, et l’atelier d’un ferrailleur magicien, et couru sur la corniche au petit matin.
 
C’est difficile de dire combien aimer, relève des retrouvailles.
Que dans ces retrouvailles, l’enfant laissé là-bas, au quotidien surchargé de Paris, habitait en nous dans sa plus grande sérénité.
Ses habits de lumières, sa voix dont je suis seule à entendre toutes les tonalités.
 
On était rentrées, heureuses. Heureuses et pressées, on avait couru dans les couloirs du métro pour la surprendre avant qu’elle n’aille au lit.
Lui raconter Polignano, lui dire : on t’emmènera un jour, quand on n’aura plus peur que tu ne t’approches du vide, en t’emmènera goûter le burger de thon cru et cueillir sur le sable les tessons italiens.
Tu nous as manqué, si fort.
Et on était bien, ensemble. On était amoureuses, aussi, on était autre chose qu’avant, plus grandes de toi et plus libres d’être à deux, un temps. 

IMGP7552IMGP7588IMGP7580

Publicités

Un avis sur “Carnet de voyage : Polignano a Mare, la belle

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s