Il fait toujours noir puisque c’est la nuit

Ma Romy, ma jolie,

Tu t’es réveillée ce matin en t’esclaffant : « J’ai bien dormi, maintenant je veux jouer ».
Tu as déboulé dans notre lit les cheveux en épis, tu t’es fait de la place à notre place, pour boire ton biberon et raconter les premières joies qui te viennent.
J’ai repensé à tous ces matins depuis ta naissance, dont pas un seul n’était chaffouin. Plus de 880 aubes, armée de tes sourires et d’une énergie solaire. J’ai revu les matins lourds de nos chagrins d’adultes, ceux où nous nous précipitions plus vite dans ta chambre, parce qu’il nous fallait bien les marrées de ton rire pour guérir nos coeurs abîmés. Et j’ai songé aux nuits faciles, à ces deux années et demie à goûter l’insouciance de notre propre sommeil. Depuis peu, tu recommences à nous appeler en pleine nuit. Ta voix rauque et percluse de noir surgit dans le silence de l’appartement, tu cherches simplement le contact.
Nous voir.
Nous entendre.
T’assurer que nous sommes bien présentes, les mères veilleuses.
Les couchers sont devenus moins évidents. Nous apprivoisons ensemble ta peur de l’obscurité, la ronde des verre d’eau, la valse des poupées à installer en rang d’onions à tes côtés pour que de cette confrérie endormie, tu te sentes entourée.
Nous avons attendus longtemps, pour te changer de lit. Je craignais que ton corps si petit, si rond, ne soit perdu dans l’immensité d’un couchage d’enfant. Que ton front, qui cherche encore si souvent le contact pour s’assoupir, ne se heurte à la froideur du sol.
Nous avons franchi cette étape importante ensemble, à coup de grande fêtes et de féerie. Après le montage, Oumi t’a accompagnée faire de la trottinette pendant que je décorais « ta cabane ». Tu ne m’as pas vue, verser quelques larmes sur mon bébé évanoui dans l’eau changeante des souvenirs. Tu ne m’as pas surprise, inspirer longuement l’odeur familière de ta couette de bébé, hésiter à la ranger dans ton trousseau de naissance, et décider finalement qu’elle te servirait d’édredon. Tu ne m’as pas entendue, murmurer que le temps passe trop vite, que je me moque bien d’exprimer là la plus banale des vérités parentales. Le temps coule entre nos doigts et avant que je ne mette des mots dessus, tu es rentrée, les joues mordues de froid.
Il y avait des étoiles dans tes yeux en découvrant ce lit de reine acrobate, que tu es et qui grandira, encore, toujours, sous mes yeux amoureux.
Depuis, tu apprivoises la géométrie de ton enfance en construction. Tu vas parfois dormir facilement, d’autres soirs il nous faut batailler deux heures et te remettre au lit huit fois. Oumi fait preuve de patience, je suis plus ferme et intransigeante – nous avançons ensemble vers ton nouvel équilibre.
Je garde au coeur cette remarque que tu m’as faite la semaine passée lorsque je te disais de ne pas avoir peur du noir, puisque nous avons installé une veilleuse.
« Mais, maman, il fait toujours noir puisque c’est la nuit ».
Et je te répète, comme ce matin, que c’est la nuit que tes rêves grandissent, que le monde nous bouleverse, que les êtres s’aiment dans l’interstice des baisers.
C’est la nuit, mon ange, que sous les paupières nacrées la vie palpite au plus fort de ses promesses, car elle attend l’aube, et fomente le miracle du jour.
Belle journée ma joufflue,

Ta maman, reposée aujourd’hui

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4 commentaires sur “Il fait toujours noir puisque c’est la nuit

  1. Tu écris avec douceur ce que peut être la tempête des nuits et des couchers compliqués. Je me souviens lorsque notre marmotte de petit G a commencé à avoir peur du noir (et c’est d’ailleurs plus que jamais le cas à 3 ans !) et à se réveiller la nuit en nous appelant… La petite veilleuse qui l’accompagne depuis sa naissance ne s’éteint désormais plus la nuit, en tout cas en ce moment. Nos petits ont tellement besoin de se sentir en sécurité. Merci encore pour ce texte…<3

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  2. Article découvert grâce au coup de coeur de Picou Bulle. C’est un article magnifiquement écrit.
    On connaît toutes les galères des nuits. Plus ou moins facilement. Mon fils a fait les siennes à 4 ans.. Et là 1 an après il est apaisé mais à toujours peur du noir..

    Que cette puce grandit bien, entourées de ses mamans 😘

    Aimé par 1 personne

    1. Picou est une jolie marraine dans la blogosphère 🙂
      En effet, le sommeil met longtemps à s’apprivoiser. On commence à y arriver ici aussi, je crois les doigts ! EN tous cas bienvenue et à bientôt j’espère 🙂

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      1. Oui elle lit beaucoup et partage beaucoup d’articles c’est sympa, cela permet les jolies découvertes ! Mon Loulou dort maintenant dans un lit d’adulte, fermé telle une tente avec une veilleuse que nous avons acheté chez Auchan. C’est depuis ces nouveaux changement et le Papa qui a imposé sa place qu’il a commencé à faire ses nuits et grâce à cela les journées se déroulent mieux. Plus de fatigue.. Plus de colères.. Meilleur comportement à l’école ! 🙂 !

        Bon courage à vous aussi pour les nuits de la Puce 😉 !

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